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23 décembre 2017 : Susan et Jean-Paul arrivent, soirée gastronomique à Tomsk

C’est après une vague de froid (en moyenne -20°) que Susan et Jean-Paul sont arrivés. Et effectivement, comme le dit la sentence populaire, « ils ont amené le beau temps ». Le lendemain de leur arrivée le thermomètre remontait à presque +1°, - une belle performance ! Après une journée de repos pour se recadrer dans l’heure locale nous partons tous les trois à Tomsk pour notre premier concert. Pour plus de souplesse horaire, et peut-être un peu par un vague relent patriotique, nous préférons Blablacar à la RGD (SNCF russe). Pour ce voyage, le choix a été plutôt judicieux, Roman était assez cool, est venu nous chercher près de l’appartement et nous a conduit jusqu’à l’hôtel, - contre un petit supplément bien sûr (tout se négocie). Et puis, surtout, il nous a conduit à Tomsk tranquillement, sans frayeur particulière, - ce qui est loin d’être une règle.

Une petite impression à propos des trajets en voiture. Susan, Jean-Paul et moi étions à l'arrière. Et nous voilà partis à parler, de ces sujets dont les Français excellent : leurs impressions sur l'activité sociale, économique d'un pays, les mentalités, bref tout ça. Et puis j'ai soudain un flash. Je me remets soudain en tête tous les voyages que j'ai faits ici. Ici, en route, on ne parle pas, ou presque. La plupart des Blablacars sont des professionnels qui font des navettes régulières, parfois à l'excès. Rien de déclaré bien sûr dans tout ça. Et certains, le "taxi" plein, se permettent de rouler à des allures... Bref. Mais en tout cas ils ne parlent pas. Et là, nous parlions tellement que soudain je me suis senti en parfait décalage avec l'air ambiant, - même avec les deux Russes qui se taisaient à l'avant. Soleil latin quand tu nous tiens...

Bref, nous voici installé à l’hôtel « Roubin », autant dire « rubis », un très bel hôtel de la cité universitaire d’Akademgorodok (il y en a une aussi à Tomsk), avec un tarif spécial accordé via le Jazz club Underground qui nous accueillera le lendemain soir. Le club paie la nuit après le concert, nous celle d’avant. Un bon deal.

Le temps est à la neige, d’où la remontée du thermomètre. Le soir nous allons dans un restaurant près de l’hôtel pour fêter Noël entre amis. Arrivés dans le restaurant nous sommes accueillis par une musique envahissante et une cohorte de gens joyeux et bien mis, dont quelques princesses, - puisque c’est exactement à quoi ressemble une belle jeune femme russe en tenue de soirée : on ne lésine pas ici sur les moyens pour être belle. La salle principale du restaurant étant réquisitionnée pour la fête de fin d’année, nous sommes orientés vers un salon de thé qui prendra les commandes du restaurant. C’est ainsi que nous nous sommes retrouvés devant une bière et une assiette de poissons fumés absolument succulente. On a continué par des pelmenis (sortes de raviolis) au saumon, et par une belle tranche de gâteau aux baies ou au miel. Une très belle soirée gastronomique pour commencer cette nouvelle tournée dans la chaleur de l’amitié.


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24 décembre 2017 : Tomsk le soir de Noël

Nous partons en début d’après-midi au centre-ville. Andreï, le patron, nous attend à 16 heures. Les musiciens font avec lui la balance sonore. Je les sens un peu tendus pour ce premier concert. Le décalage horaire doit être encore sensible, comme la fatigue du voyage. Mais bon, Andreï travaille vite et bien, il connaît sa salle et son matériel par cœur. Je trouve que les voix et les instruments sonnent très bien. Nous faisons une photographie ensemble car Andreï ce soir ne restera pas avec nous. Il s’occupe d’une animation à l’extérieur, un talk-show nous dit-il où le public vient raconter au micro quelque souvenir… mais je ne me souviens plus à propos de quoi… Bref, avant son départ, nous faisons une petite photo de groupe. On n’oublie pas que c’est la deuxième fois qu’Andreï nous accueille au Jazz Underground et qu’il l’a toujours fait dans les meilleures conditions.


La balance terminée il n’y a plus qu’à passer le temps en attendant l’heure dite. Nous décidons d’aller jeter un œil sur le parc que nous avons aperçu depuis le taxi. C’est à une centaine de mètres du club. Là, une foule joyeuse qui profite des nombreuses animations d’hiver et d’une décoration superbe. Il a dû y avoir, comme à Novossibirsk, un concours de sculpteurs sur glace. Le résultat c’est la présence d’un nombre impressionnant de sculptures de très belle qualité, édifices, toboggans géants et labyrinthes en glace. Susan et Jean-Paul sont conquis par l’ambiance qui règne dans la ville tout entière, les gens sont souriants, détendus. Finalement, conclut Susan, l’hiver convient mieux aux Sibériens que l’été.

Nous retrouvons l’ambiance propre au Jazz Underground. Le concert commence à l’heure pile, pas possible de tarder, on applaudit les artistes dès qu’ils entrent dans la salle. La salle où se trouve la scène est comble, les salles environnantes, où on a le droit de voir le concert sur un retour vidéo, sont occupées par quelques jeunes couples. Evidemment dans ces salles le prix d’entrée est réduit. Mais quand même, rien à voir avec la salle où jouent les artistes. Dans le public, comme d’habitude, une majorité de femmes. La musique et la chanson françaises ont la faveur du public féminin. On le constatera sur la vidéo ci-dessous. Larissa, une bibliothécaire qui enseigne aussi le français, fera la traduction pendant la soirée. Cela permet aux artistes d’avoir un échange nécessaire avec le public. Après tout, cette musique n’est pas aussi connue, même si les Russes l’ont déjà vue à l’œuvre dans de nombreux films français. Peut-être un peu moins de ferveur que lors du concert de cet été. En même temps c’est le premier concert de la tournée, l’inverse de cet été où, en tout cas en ma présence, c’en était le dernier. C’est pourquoi après trois semaines de rencontre avec le public, les artistes étaient gonflés d’enthousiasme et de confiance. Mais le concert « passe bien ». Moi qui suis dans le public je le sens particulièrement : la majorité écoute attentivement, conquis par ce drôle de climat d’un Paris disparu. D’ailleurs un spectateur dira à la fin du concert à Susan « Avant ce concert, je me demandais ce que les gens trouvaient de si extraordinaire à Paris. Maintenant je comprends ! » Ce qui n’est pas le moindre des compliments !

Après le concert nous nous retrouvons à la table d’un couple de médecins. D’autres se sont joints à nous. Après quelques minutes un jeune homme vient nous parler avec un français parfait. « Vous êtes français ? – Oui, je donne des cours de français à Tomsk. – Et vous êtes d’où ? – De Besançon ! » On dit que le monde est petit, mais là quand même, ça nous a paru assez incroyable ! Il y avait donc quatre bisontins dans la salle !

Ce chapitre pourrait se terminer par l’épisode du Blablacar n° 2. J’avais en effet réservé une voiture qui partait de Tomsk à 23h30. On rappelle le type une demie heure avant, - ici c’est indispensable. Et en effet. Le type nous dit qu’il vient de tomber en panne et qu’il ne pourra pas me ramener. J’ai cour à midi le lendemain, nous sommes à 350km de Novossibirsk… Finalement je passerai la deuxième nuit à l’hôtel et prendrai un train « Elektritchka » à sept heures le lendemain. Finalement, quand on est pressé par le temps, la RGD est plus fiable…

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25 décembre 2017 : Soirée de Noël à l’Alliance française de Novossibirsk

Le train « Elektritchka » express, conformément à sa réputation, sera bien à l’heure. C’est un train assez confortable, avec des sièges inclinables, pour un prix très accessible. J’en ai profité pour rattraper les quelques heures de sommeil manquantes.

A midi, je retrouve mes élèves débutants, une superbe équipe qui m’accueille avec un « cadeau » de fin d’année : un thé, des petits gâteaux et un « spectacle » organisé par les filles qui, parées de châles traditionnels, vont m’interpréter « Kalina Krasnaïa » (kalina, kakalina, kakalina, krasnaïa) en russe et en français ! Dans des conditions pareilles on peut dire que le métier de prof de FLE est le plus beau métier du monde… On en profitera ensuite pour trouver une meilleure adaptation de la célèbre chanson russe en français car celle qu’elles ont trouvée sur internet n’est pas terrible. Après la fin de la leçon précédente dans la première heure, on utilisera le temps restant pour travailler « Vive le vent ». Après tout c’est le dernier cours de l’année civile, et ce soir c’est la fête de Noël à l’Alliance Française. Normal qu’on prépare une petite chanson ! On se limitera à la prononciation pour cette fois…

A la fin de mon cours, deux heures plus tard, Susan et Jean-Paul arrivent à l’Alliance Française. Déjà ? Et les voilà partis à me raconter leur retour de Tomsk en Blablacar. Je reviens un peu sur la question. Le site russe de Blablacar est assez récent. Le problème c’est qu’il a été pris d’assaut par un ensemble de chauffeurs qui ont décidé de gagner leur vie en convoyant des passagers d’une ville à une autre. Très rares sont ceux qui, comme en France, partagent un voyage qu’ils ont prévu de faire pour une raison personnelle. Ici les types se font 1400 km par jour en faisant par exemple deux allers retours Novossibirsk-Tomsk. Donc celui avec lequel sont rentrés Susan et Jean-Paul a un petit van de sept places, plus le chauffeur, qu’il remplit de passagers, ce qui lui rapporte une soixantaine d’euros par voyage. Dans le van me rapporte Jean-Paul, il y avait entre autres un homme et son fils de six-huit ans. Or le conducteur les a ramenés sur une route couverte de neige - l’équivalent du bout de film ci-dessous pris depuis le train - en roulant à 120 km/heure ! Ces vitesses sont inimaginables en France en cas d’enneigement. Mais il faut relativiser le risque en sachant que toutes les voitures sont équipées de clous qui ont une adhérence sans commune mesure avec de simples pneus. Mais quand même, ce type avec sept personnes dans la voiture, qu’il transporte sûrement au noir, indifférent à la présence d’un enfant, et qui roule à de telles vitesses sans qu’on sache vraiment quel est son contrat d’assurance (on peut avoir de sérieux doutes), c’est tout simplement de l’inconscience. Du coup, on va mettre un sérieux malus à l’option covoiturage et revenir aux moyens de transports traditionnels, - qui fonctionnent d’ailleurs très bien.

En tout cas, l’heure de la fête à l’Alliance Française va vite arriver. A dix-huit heures les étudiants sont au rendez-vous. Une trentaine de personnes peut-être et avec Susan et Jean-Paul ! Larissa Adonkina, la responsable de l’animation culturelle, a bien préparé la soirée, en collaboration avec des étudiants, - dont pas mal de mes étudiants de ce midi qui sont toujours les premiers au rendez-vous pour organiser une p’tite fête ! Il y a de multiples amuse-gueule, on a prévu de faire du vin chaud, une fondue au fromage, et quelques animations.

C’est la deuxième fois que Larissa organise une petite fête, la précédente c’était à l’occasion de la sortie du Beaujolais Nouveau et ça avait été déjà une fête très sympa. Celle-ci ne baissera pas le niveau. Ce sera aussi l’occasion pour les étudiants de mon atelier chanson de faire entendre trois chansons qu’ils ont apprises. Anatole, l’un d’eux, a même apporté son accordéon et il nous interprète deux chansons françaises qu’il a travaillées par lui-même. Susan et Jean-Paul vont accompagner deux chansons du groupe et, plus tard, deux chansons de leur répertoire.

Des jeux aussi, permettant aux présents de s’intégrer au groupe, comme ce jeu de rôle où chacun devait mimer son élément ou son personnage dans un conte. Le vin chaud a vite disparu, la fondue n’a pas connu autant de succès. Mais elle aurait demandé un peu plus d’attention - En tout cas la bonne humeur était au rendez-vous et nous sommes restés longtemps à parler à la fin de la soirée, n’arrivant pas à quitter les lieux tellement on s’y sentait bien : la vraie preuve du succès d’une soirée !

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28 décembre 2017 : Concert au « Pardon my french »

Le prochain rendez-vous avec le public sibérien était dans un restaurant/bar à vin créé par François, un cuisinier Français, le « Pardon my french ». C’est aussi la deuxième fois que Paris Sepia va jouer dans cet établissement. On y retrouve une équipe de jeunes serveurs toujours très élégants avec leurs petits chapeaux noirs et Olga la Directrice, avec son étonnant tatouage entre cou et poitrine : « Carpe Diem ». Toutes les places sont réservées, c’est pourquoi on nous a signalé que nous ne pourrions pas présenter les chansons de notre petit club de chanson car il n’y aurait tout simplement pas de place pour que les étudiants puissent s’asseoir. Une façon très russe de gérer l’espace, des Français auraient laissé les gens venir et rester debout, - après tout nous sommes dans un bar à vin. Mais Olga tient à ce que chacun ait sa place assise.

Beaucoup de monde, une sonorisation réduite aux voix (il manque des adaptateurs pour brancher les instruments), des conditions pas forcément faciles pour Susan et Jean-Paul. Mais moins pire qu’au Marulaz, à Besançon, pour le Beaujolais nouveau, où on avait tenu à ce qu’ils jouent sans aucune amplification. Donc ils s’adaptent et leur musique, malgré le bruit ambiant, arrivera à toucher l’attention des consommateurs venus spécialement écouter de la musique française.

Nous avons été rejoints par Alecia qui sera notre interprète pour les deux concerts à Novossibirsk. Gracieuse et d’une connaissance parfaite du français, Alecia s’intégrera avec aisance dans notre petite équipe. Peu à peu les clients arrivent et nous sommes heureux de retrouver deux couples qui étaient déjà là en juin. Une ambiance sympathique, un repas très fin et original et du vin offert à volonté aux musiciens, ce qui n’est pas le cas de tous les établissements. Ceci dit, on n'est pas du genre à en abuser, mais quand même, un petit verre entre chaque partie fait du bien !

A la fin du concert, une femme médecin vient discuter avec nous, sa fille qui faisait partie du public nous rejoint et discute avec Susan dans un anglais parfait. Une conversation instructive et qui nous a fait quitter le « Pardon my French » après tout le monde. Une agréable soirée partagée avec le public avec qui nous avons pu échanger librement grâce à la présence de notre interprète, une nouvelle amie sibérienne.

Le lendemain nous allons jouer dans l’après-midi à la bibliothèque municipale, НГОНБ rue Sovietskaïa. Dans la salle de concert une soixantaine de personnes fêtent la nouvelle année. Les animateurs sont des employés de la bibliothèque qui ont bien voulu se produire en posant leur pierre dans cette petite fête. Nous avons à jouer cinq chansons avec la consigne de Lioudmila Berdnikova « qu’elles soient joyeuses ». J’en interprèterai une, d’où le fait que je n’aie pas pris mon appareil avec moi. Dommage car pour cette fois beaucoup de monde a dansé avec les musiciens, ce qui était très sympa.

Le soir nous nous promenons dans les rues de la ville enneigée. Il n’arrête pas en effet de neiger depuis hier soir et la neige « formait un tapis » comme le dit Becaud dans « Nathalie ». Une ambiance très joyeuse le soir dans les rues de Novossibirsk, les enfants sont encore de sortie, les plus petits dans des poussettes luges, parmi les boutiques de souvenirs et de fleurs de la rue Lenina, le cœur de la ville.

Au retour nous passons devant l’impressionnant Lénine qui regarde vers le sud de son regard perçant et appuyé. Derrière lui le magnifique opéra de Novossibirsk, le plus grand de Russie.

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31 décembre 2017 : Nouvel an improvisé en Sibérie : « Notre Bohème ! »

Nous commençons à jouer à Belokourikha le premier janvier. Et Belokourikha est à environ 450km de Novossibirsk. Donc il ne nous était pas possible, sans voiture personnelle, de faire le voyage, la balance sonore et jouer le soir en une seule journée. Voilà pourquoi nous avons décidé de partir le 31 décembre et, plutôt que d’aller directement à Belokourikha où les prix risquaient d’être salés, station thermale oblige, on a préféré de faire étape dans la ville de Biisk. Avec différentes options possibles, Susan avait finalement réservé un appartement sur Booking point com. Un bon tarif pour trois personnes et deux chambres. Un acte qui pourrait sembler sans surprise, sauf que nous sommes en Russie, comme nous le verrons tout à l’heure…

A 10 h 30 nous quittions la gare de bus de Novossibirsk. Le bus est plutôt confortable sauf que les chauffeurs ont une fâcheuse tendance à exagérer la température. Selon sa place, on peut y crever de chaud, si peu qu’on soit dans le rayon direct d’un radiateur soufflant. Mais bon, globalement c’est tranquille, pas d’excès de vitesse, et relativement rapide par rapport à certains trains qui peuvent être très lents (arrêts qui durent des plombes etc.).

Nous arrivons donc à Biisk vers 16 h 30, avec un peu d’avance sur l’horaire annoncé. Le programme prévu était d'aller vite poser nos bagages dans l'appartement réservé et d'aller acheter ensuite des petites choses à grignotter bien du pays avec quelques boissons de circonstance. Rien de fastueux mais une petite soirée entre nous. Nous aurons bien le temps de voir du monde les jours suivants, nous allons jouer pendant une semaine dans un restaurant ! Comme convenu nous appelons le numéro de téléphone pour l’appartement. Une femme répond et je comprends vaguement qu’on veut nous orienter vers un autre appartement. « On va vous rappeler ». Aaahh ? On attend donc devant la gare. Le téléphone sonne, un type. Mon niveau de russe me permet de comprendre que partiellement ce qu’on me dit. Assez vite pourtant je comprends que l’appartement que le type nous propose coûterait 5000 roubles. Quatre fois plus que celui que nous avons réservé ! Je m’étonne et le type répond qu’aujourd’hui c’est le nouvel an et que c’est plus cher. En plus notre conversation a l’air de l’amuser, un peu comme s’il faisait un numéro devant ses petits copains. Pas question de marcher dans leur combine. Je lui dis que ça ne marche pas et lui raccroche au nez. Il fait donc moins quinze degrés, il est 17 heures et nous n’avons rien pour dormir un soir de 31 décembre à Biisk…

Susan veut aller à l’adresse de l’appartement pour prouver qu’elle s’est bien présentée, histoire de justifier qu’elle n’est pas en faute et se faire rembourser. Un taxi nous y emmène mais il n’arrive pas à trouver le numéro. Je lui dis de laisser tomber, qu’il faut qu’on trouve quelque chose, c’est jour de fête et bientôt il n’y aura plus personne nulle part. Je demande donc au taxi de nous conduire à un hôtel pas trop cher. Il nous conduit au-dessus de Biisk, dans la périphérie, vers un hôtel perdu au milieu d’une étendue de neige. L’hôtel n’est pas cher mais que va-t-on faire dans ce trou, on n’a encore rien acheté à manger ? Finalement on demande au taxi, qui a bien voulu nous attendre, de nous ramener au centre dans un bar où on puisse aviser. Il nous ramène à côté de l’hôtel Central où j’avais dormi lors de l’écriture des Carnets de Sibérie. Mais l’hôtel coûte bien trop cher pour nous, cinq fois notre prix de départ. Donc nous nous installons dans le bar à côté et j’appelle Andreï, mon ami journaliste qui sera notre interprète le surlendemain : « Andreï, est-ce que tu peux nous trouver un endroit à un prix correct pour dormir ? – Attends-moi, je te rappelle dans quinze minutes. » me répond-il. Nous nous installons dans le bar, il est ouvert encore trente minutes. Un type immense, le balèze russe tel qu’on l’imagine taillé en V et un minimum deux mètres de haut, vient nous faire des démonstrations d’affection, photographies avec nous, accolades. Visiblement il a bu quelques bières et, au moment de nous quitter il en aura les larmes aux yeux. Entretemps on a commandé trois bières, et repéré qu’il y a quelques petites choses intéressantes à acheter pour notre fête de ce soir. Par exemple il y a du poisson et du fromage fumé. En plus il y a aussi le blaireau fumé qu’on nous a donné la veille. On commence donc à acheter tout ce qu’on trouve, plus six demi-bouteilles de bière, de quoi ne pas crever de faim le soir du réveillon. Je rappelle Andreï, il a un premier hôtel mais trop cher. « Ne bougez pas, je vous trouve autre chose. » Deux minutes avant la fermeture du bar il rappelle : « Je vous ai trouvé un hôtel très sympa, tout en bois, qui coûte 1600 roubles pour les trois ça vous va ? » Mais bien sûr que ça nous va ! C’était le prix de départ de l’appartement ! Merci Andreï ! Le bar nous appelle un taxi et quinze minutes après nous arrivons à l’Altaï Eco Hôtel qui était la première adresse que j’avais proposée à Susan ! Comme quoi le mieux est souvent l’ennemi du bien…

Ca sent bon le pin dans l’hôtel. Irina, l’hôtesse d’accueil, a l’air très sympathique. On apprend en outre qu’il y a un restaurant 24h/24 à côté de l’hôtel. Nous y partons donc directement. Le mélange du bois et de la neige est vraiment idéal. On en oublie le coup de sang que nous avons eu tout à l’heure. Dans le 24h/24 évidemment une ambiance mortelle, un seul type dans la salle, qui va s’en aller rapidement, et une serveuse qui tire la gueule : normal, comment être joyeux alors que tout le monde festoie et que vous êtes dans ce rade désert toute la nuit ! On prend donc une soupe et, finalement, on retourne dans notre chambre puisqu’on a tout ce qu’il faut pour un repas de fête ! Du poisson et du blaireau fumé, du fromage tressé comme le font les slovaques, de la bière, du pain, sans oublier des croutons au lard avec une sauce tartare pour l’accompagner. Un festin non ? Nous voilà tous les trois autour de la petite table de la chambre d’hôtel à nous régaler de ces mets fort exotiques !

Un peu avant minuit nous décidons de repartir au bar avec les instruments, des fois qu’on puisse faire plaisir à quelqu’un et partager sa joie. Dans le café toujours personne. Mais la serveuse est avec un type pas très vif, lourd et massif qui, comme par affinité, s’est assis à côté de la sculpture de gorille qui trône dans la salle. Ils acceptent qu’on joue. Peu à peu la serveuse va retrouver le sourire. Mais après deux morceaux elle dit qu’il y a une belle chanson qui passe à la télé et elle remet le son ! Nous décidons donc de la laisser devant sa télé et retournons à l’hôtel.

En arrivant dans le hall, Irina est toujours là, avec Kostia qui lui tient compagnie. Il est du genre minuit moins trois. On leur propose de leur jouer quelques morceaux. Ils reçoivent la proposition avec une grande joie, nous servent un verre de vin, des petites choses à manger, et nous installent sur le canapé. Et puis, je ne sais plus pour quelle raison nous nous déplaçons dans le hall d’entrée. A oui, parce que la télévision du salon ne marche pas bien et qu’à minuit il faut écouter le discours du Président ! Mais bien sûr ! Pour ne pas rater le commencement de l’année il faut se connecter à la télévision qui donne à l’évènement son parfum d’immortalité ! Le discours a commencé et les instruments sont sortis, prêts à jouer. On attend juste que les formalités incontournables soient passées pour commencer. Je me mets donc à filmer l’enchaînement des évènements : le discours, l’hymne national russe et… un folklore français qui paraît encore plus joyeux que d’habitude !

On a dansé, on a bu juste ce qu’il fallait pour se sentir dans la fête, on a mangé des petites choses pas habituelles, même si elles ne sont pas sorties de la cuisine d’un grand chef, et puis, quand la musique s’est arrêtée, on est allé dehors regarder le feux d’artifice qui illuminait le ciel aux quatre points cardinaux…

En rentrant à l’hôtel, Kostia va nous faire visiter le spa qui se trouve au sous-sol de l’hôtel : banya, sauna, piscine, salle de « récréation » avec une grande table en bois, douches et seau d’eau glacée. J’aurais adoré. Mais un groupe avait déjà réservé qui ne va pas tarder d’arriver. Ce sera pour une prochaine fois !

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03 janvier : Concerts à Belokourikha de jours en jours.

Nous avons fini par arriver dans la petite station de montagne de Belokourikha dont nous avons déjà pas mal parlé dans ces carnets. Mais jamais je n’y étais venu en hiver. Et là nous sommes au plein coeur de la saison, - autant dire « La Semaine des Vacances d’Hiver ».

Au restaurant Michelle, nous avons retrouvé Sémion qui s’occupe de l’animation artistique du restaurant et de quelques sanatoriums. Après différentes tractations nous serons finalement logés dans deux chambres au sanatorium « Sibir » et en pension complète, ce qui fut la dernière bonne surprise. Un sanatorium ici est une sorte de grand hôtel où on trouve aussi un espace de soins. Mais tout le monde n’y vient pas pour les soins. C’est une résidence de vacances familiales avec des différences de standing assez importantes. Nous serons logés au dernier étage, dans une zone probablement réservée aux hôtes professionnels, d’un confort spartiate mais satisfaisant.

Dès ce soir nous allons jouer de 19 à 22 heures tous les jours dans le restaurant. Le lieu est spacieux et on pourrait y loger facilement le double des tables. Une clientèle select y vient déguster une cuisine de spécialité française. Il faut préciser que deux des cuisiniers étaient venus en stage au restaurant 1802 à Besançon, lorsque la coopération entre la région de Franche-Comté et celle de l’Altaï n’avait pas encore été interrompue par la Présidence de Marie-Guite Dufay. En tout cas c’est probablement grâce au souvenir de cette coopération que nous sommes si bien accueillis par Semion et son équipe.

Nous allons prendre peu à peu nos marques dans cet espace que nous retrouvons chaque soir. Même si la clientèle peut être très différente d’un soir à l’autre. En général le duo Paris Sepia soulève une vent de sympathie, la France que les Russes ont rêvée est parmi eux. Mais cela ne veut pas dire pour autant que le public va se soulever d’enthousiasme. Un public russe est attentif mais rarement expansif. Mais il leur arrive quelquefois de se lever et de danser avec nous.

Un autre soir nous pourrons avoir, comme ce mercredi, une soirée « V.I.P. » comme nous l’a présentée Semion qui nous a demandé de venir une heure plus tôt pour un extra d’une heure. J’ai eu la présence d’esprit de commencer à filmer la table au moment où les convives arrivaient. La soirée était à l’occasion de l’anniversaire de la fille d’un Général. Pendant deux heures nous avons eu un peu l’impression d’être tombé dans un roman de Tolstoï tellement le repas semblait structuré par un protocole rigoureux auquel chacun se pliait avec une attention dévouée. Nous voyons au début du film la jeune femme qui était à l’honneur pour son quinzième anniversaire. La synchronisation avec la musique était parfaite et les bandes de Charlie Chaplin qui passaient au-dessus de la tête des musiciens pouvaient sembler d’une espiègle ironie.

Un autre soir je me permets d’inviter une charmante jeune femme qui soupait avec ses parents pour une valse rieuse et quelque peu émue.

Et à un autre moment Susan et Jean-Paul quittent leur chaise et nous allons comme un trio de gitans hongrois jouer auprès des tables des consommateurs installés sur l’autre aile du restaurant.

Le soir à 22 heures nous rentrons à pied au sanatorium, - à cinq maintenant qu’Andreï et sa petite amie Anya nous ont rejoints. Andreï s’occupe de la traduction, que ce soit pour présenter le groupe ou les morceaux, ou pour solutionner quelque problème d’organisation. Nous formons une petite équipe joyeuse et c’est la meilleure façon de profiter pleinement de notre présence dans ce village de conte de fée où le père Noël et sa fille peuvent vous embarquer en traîneau n’importe où et à toute heure… convenable !

La nuit se met alors à tout recouvrir et le froid fige l’activité des hommes et des bêtes avec pour l’instant moins vingt-cinq degrés. Seuls quelques chats pétrifiés errent encore dans les rues et profitent parfois des allers-et-venues des touristes pour se glisser dans quelque porte entrouverte, - comme ce petit chat noir qui a réussi, grâce à Anya, à se planquer hier soir dans un recoin entre les deux portes de notre sanatorium. La vie de chat à Belokourikha, l’hiver, est une vraie vie de chien…

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06 janvier : Les touristes de Belokourikha et réveillon de Noël Orthodoxe.

Notre séjour à Belokourikha a été rythmé par un rythme à la fois détendu mais néanmoins balisé par le rythme des repas et des concerts. Susan et Jean-Paul partageant une chambre de deux personnes, tandis qu’Andreï, sa compagne Anya et moi-même dormions dans une chambre de deux lits superposés. Nous nous retrouvions chaque matin vers 9h30 au restaurant du sanatorium pour le petit déjeuner.

Le contraste de nos menus était manifeste pendant ce repas entre le couple russe et les trois français. Andreï et Anya arrivaient avec un mélange de viandes, de légumes, de salades tandis que nous n’avions dans nos assiettes que des mets sucrés, crêpes, gâteaux, pain, beurre et miel et évidemment le sacro-saint café au lait. A part une fois où Anya avait pris un poisson assez fort, genre maquereau qui se mariait assez peu avec mes tartines de miel, cette différence d’habitude n’avait d’autre incidence que sur la curiosité. Le petit déjeuner pris, chacun s’en retournait à ses petites affaires. Le froid gardait la majorité de nous au sanatorium car le repas de midi, servi entre 13 et 15 heures, arrivait vite après les toilettes, écritures de blogs, lectures, communications via les réseaux sociaux. Des occupations proches, je pense, de tous les autres « pensionnaires ».

A propos des activités dans les sanatoriums, j’ai écrit qu’on peut comparer ces grands établissements à des maisons familiales. Nous en avons eu de nombreuses après-guerre en France, et on peut rappeler que beaucoup étaient en lien avec le parti communisme et qu’il y avait dans leur principe un modèle social défendu par le parti des travailleurs. Je pense que le lien qui existe entre maisons familiales et sanatoriums n’est pas sans relation historique. Les sanatoriums que l’on trouve dans tous les pays ex-soviétiques sont articulés autour des mêmes principes : d’une part un hébergement et d’autre part un apport de soins, thérapeutiques ou de détente. Ces deux aspects, je pense, sont commun à la période actuelle et la période soviétique qui l’a précédée. Là où il y a eu une nette évolution, c’est dans l’élévation radicale de standing qu’il y a eue depuis la fin de l’ère soviétique. Avant, on avait des équipements tels que ceux qui nous ont été mis à disposition. Nous étions au dernier étage et je pense que celui-ci est resté à peu près dans l’état où il a dû être avant 1990 : petites chambres à lits superposés d’un standing basique, et finalement suffisant pour qui n’a pas de problème de sommeil et de dos particulier ; douches collectives (heureusement avec possibilité de fermer la porte à clé !) ; toilettes et lavabos accessibles depuis le couloir. L’équivalent d’un hôtel bon marché. En revanche, de gros travaux ont été faits aux étages inférieurs et on propose maintenant chambres luxueuses, voire appartements de grand luxe. Nous sommes ici à Belokourikha qui est la station haut de gamme de la grande région. Dans ces formules luxe les soins sont compris dans le tarif. Vous avez donc librement accès à la piscine, aux massages, aux divers spas, et à certains soins particuliers. Normalement, lorsque vous arrivez au sanatorium, vous allez consulter un médecin qui va vous orienter vers tel ou tel soin. Mais ce n’est cependant pas comparable à nos établissements thermaux nettement plus orientés vers une spécialité thérapeutique. Ici, le soin est davantage conçu comme un loisir et, avec les – 23 ° que nous avons eus en moyenne, on comprend qu’on préférera quelques soins bien au chaud à une promenade, voire à une sortie de ski. Malgré la passion que j’ai pour le ski de descente, je ne me suis pas risqué cette fois sur les pistes. Cela ne m’a d’ailleurs pas empêché de choper une rhinite. Mais je suis, rassurez-vous le seul des trois.

On se retrouvait donc vers 13 h 30 pour le déjeuner. Là nos menus pouvaient se ressembler. Nous avions pris nos petites habitudes dans la grande salle du restaurant, Anya s’était même fait copine avec une des serveuses de la salle, nos voisins d’à côté avaient commencé à sympathiser avec nous et les femmes au contrôle, à l’entrée du restaurant, nous saluaient comme de vieux habitués. Une ambiance à la Jacques Tati, dans les Vacances de Monsieur Hulot. Comme dans le film, les soirées sont ici aussi organisées par le sanatorium et accessibles gratuitement. Il y a une salle de danse de salon, une salle de concerts et un espace qui ressemble à une boite de nuit. Donc on peut trouver au sanatorium toutes les activités de divertissement qu’un vacancier peut espérer. Encore faut-il aimer passer tous ses loisirs dans le même bâtiment…

En jouant chaque soir dans un luxueux restaurant de la place, nous avons pu, par les rencontres que nous y avons faites, connaître un peu plus précisément quelques clients de l’établissement. Le plus souvent il s’agit de personnes travaillant dans le commerce. Les Russes disent « Bizness ». L’idée d’inviter quelques clientes à danser pour inciter les autres à nous imiter nous a permis d’approcher quelques-unes de ces clientes malgré une forme de « timidité » qui ont empêché les autres de s’approcher de nous et surtout, de nous inviter à leur table. La danse, en autorisant le contact des corps, a la vertu de briser la distance imposée par les convenances. C’est ainsi que nous nous sommes trouvés invités tous les cinq à la table d’une Victoria qui nous a passionnés en nous évoquant sa vie familiale, une famille de « Koulaks » d’Altaï. Suite aux premières purges des soi-disant nantis, elle nous a raconté que sa grand-mère a dû s’enfuir à pied et fuir toute seule à mille kilomètres au nord, évoquant à sa petite fille les dangers et les pièges à laquelle elle avait dû échapper. Aujourd’hui Victoria est propriétaire de carrières et de sablières, une entreprise employant soixante-dix personnes. Elle a trente-deux ans et a déjà deux divorces dans son sillage. Comment associer une activité de chef d’entreprise de cette envergure, commencée assez jeune, et une vie de couple ? Sérieuse énigme… Donc chaque année nous dit-elle, elle vient passer une semaine seule à Belokourikha. Les deux soirs où elle est venue nous écouter, elle était en compagnie de personnes souvent plus âgées, - et j’avais cru que les premières étaient ses parents. Loin de là. Ils étaient probablement ses invités…

L’autre « dame » que nous avons connue, et encore grâce à la danse, est une belle femme d’une cinquantaine d’années avec un je ne sais rien d’éternellement jeune sur son visage. Comme si la petite fille en elle avait refusé de disparaître. Irina était de Biisk où elle avait un ensemble de boutiques de vêtements dans une galerie commerciale du nouveau centre-ville, le quartier le plus commerçant. Elle aussi prenait ses vacances toute seule et logeait dans le sanatorium Rossya dont nous parlerons plus tard.

Et puis il y a eu cette famille qu’on nous a présentée comme VIP. Semion, le manager avec qui j’avais négocié l’ensemble des concerts, nous a demandé de venir exceptionnellement une heure avant pour ce repas. Le « payeur » était un général qui célébrait l’anniversaire de sa belle-fille. A ce propos nous fûmes informés au début du concert qu’étant donné que la jeune fille n’était pas la fille du général, mais la fille de sa femme, il fallait absolument éviter de citer le mot « papa ». Un autre monde donc que celui-là et un drôle d’homme que ce général qui s’est permis un discours de plus de quinze minutes qui nous a paru complétement surréaliste tellement lent et déstructuré. Ce n’est pas pour autant qu’il n’a pas été écouté, - bien au contraire, on lui accorda un silence religieux, personne n’osant même chuchoter. A ce propos j’oublie une conversation encore saisie par Anya ou Andreï. Le Général répondait à sa belle-fille, qui souhaitait partir en vacances à l’étranger, qu’il aimerait bien lui-aussi mais qu’il n’en avait pas le droit. On le pourra dans cinq ans poursuivait-il, lorsque je serai en retraite. Qu’est-ce que cela signifie ? Tout simplement qu’en tant que haut placé dans l’armée, cet homme et sa famille n’ont pas le droit de sortir du territoire douanier de la Russie. Une façon probablement d’éviter les risques de trahison…

Globalement on peut dire que viennent ici des personnes de classe moyenne supérieure. Comme ce couple qui dansait si joliment avec leur fillette. Une classe moyenne qui majoritairement se trouve dans les professions libérales (on a connu un médecin) et notamment liées au domaine commercial, - ce qu’une bonne partie de la médecine en Russie est devenue d’ailleurs…

Pour ce qui est de la station de Belokourikha en général, on peut y trouver toute la classe moyenne. Effectivement, tout le monde ne peut pas passer ses soirées au restaurant Michelle. Mais on peut obtenir une chambre dans un sanatorium pour trois jours, en pension complète, pour un prix, sinon bon marché, du moins accessible. Il faut ajouter à cela que beaucoup de Russes, hommes, femmes, jeunes couples, vivent longtemps chez leurs parents, ce qui leur permet de faire quelques économies et de se payer un séjour à Belokourikha.

Pour revenir à la température, nous sommes tombés cette semaine de début janvier sur un période de froid. Le thermomètre ne se fixe cependant pas à ces températures, même s’il est aussi capable de les dépasser (en négatif). La semaine qui suivra notre retour, le thermomètre remontera autour de zéro, ce qui est vécu comme chaud par les Russes. En général les basses températures accompagnent un temps sec et, lorsque le thermomètre remonte, c’est pour préparer de nouvelles chutes de neige. En l’occurrence en ce début d’année le froid sec avait bloqué l’enneigement et on se plaignait à Belokourikha du manque de neige sur les pistes. Cela ne veut pas dire que l’herbe réaffleurait comme c’est souvent le cas par exemple dans le Jura. Mais les pistes deviennent verglacées et les descentes désagréables voire dangereuses.

Voici quelques clichés de Belokourikha vue pendant nos promenades de la journée. La rivière Belokourikha est bien sûr gelée et presque recouverte par la neige. Mais le charme des promenades le long de la rivière en hiver n’a pas à envier celui de la saison d’été. Les diverses décorations lumineuses, privées ou publiques, courent délicatement sur le blanc immaculé du chemin et des abords. C’est très beau et très agréable.

Le sept janvier est la date du noël orthodoxe. La veille, un samedi, Andreï à la sortie de chez Michelle nous dit « Vous voulez bien venir à la messe de minuit avec nous ? ». Après quelques renseignements, nous avons l’itinéraire à suivre pour se rendre à l’église orthodoxe dont j’ai déjà parlé dans les Carnets de Sibérie. C’est assez loin de chez Michelle, et encore plus loin du sanatorium Sibir. On décide de partir à pieds. Il fait un froid de canard et mon nez qui s’est mis à couler depuis la veille ne rend pas cette promenade nocturne très agréable. Dommage, sans cette rhinite j’aurais trouvé ce petit périple à pieds merveilleusement romantique. Nous marchons tous les cinq le long de rues puis de ruelles peu éclairées. Peu à peu les grands sanatoriums couverts de décorations lumineuses laissent la place à des isbas emmitouflées dans la neige, puis parfois les grilles d’une usine avec leurs grandes cheminées qui pointent vers le ciel étoilé. On doit redemander notre route à un vieil homme que nous croisons. Andreï et Anya cavalent devant nous, ils sont mignons avec leur jeunesse gonflée d’énergie, on dirait de jeune faons. Au bout d’une trentaine de minutes de marche nous commençons à discerner le son du carillon de l’église. C’est curieux le son de ces petites cloches aigrelettes adouci par le tapis de neige. Apparemment nous avons tourné trop tôt et il nous faudra contourner une grande usine et revenir sur nos pas pour trouver l’église.

Nous entrons par une double porte, l’une en bois l’autre de verre. A l’intérieur une chaleur humide nous éprend et couvre immédiatement les lunettes de Jean-Paul de buée. Il doit se faire guider par Susan pour pouvoir avancer. Le parterre de l’église est empli de monde, debout comme le veut le rituel orthodoxe. On est assez tolérant dans ces églises. Une femme regarde son smartphone, une autre filme le rite depuis le balcon où se trouve le chœur. J’apprendrai que l’une d’elle se fera tirer les bretelles par le pope qu’elle mitraillait avec son flash. Il lui a demandé sèchement d’arrêter devant tout le monde. Elle a dû quand même piquer un sacré far. Une messe orthodoxe c’est un mélange particulier d’ordre et de désordre. Toutes les femmes ont les cheveux couvertes d’un châle ou d’une écharpe, ce qui leur donne un charme biblique. Les hommes doivent avoir, eux, la tête nue. Dommage pour les chauves… Si l’on peut rester un peu dubitatif face à ces incessants signes de croix, impressionné par la mise en scène du rite (mais quel rituel n’a pas soigné sa mise en scène) il est une chose que j’ai toujours trouvé irrésistible pendant les messes orthodoxes, c’est leurs chants. Que ce soit le chant continu des popes dans l’église du monastère de Sergueï Possad que celui des femmes du cœur de celle où nous étions, j’ai toujours considéré cela comme une pure merveille. Il faut dire que la jeune femme qui avait le chant lead avait une voix particulièrement bouleversante dans une adaptation russe de « Douce Nuit ».

Le retour à pieds au sanatorium sera particulièrement pénible pour le marcheur enrhumé que j’étais. Cinquante minutes de marche par moins vingt-cinq quand on a le nez pris, - vraiment pas un plaisir... D’autant plus que le sol était gelé et glissant. La religion, malgré ses efforts, n’arrivera jamais à nous faire oublier qu’on a un corps et que, quoi qu’elle en dise, c’est bien lui la base de la vie, de notre condition d’homme, et que sans lui nous ne sommes même pas poussière, seulement le plus indifférent des néants. Là, en ce retour de l’église, mon nez me disait que je n’étais qu’un imprudent et que j’aurais dû rentrer en taxi. Trop tard, - j’allais le payer les jours suivants …

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03 janvier : Concerts à Belokourikha de jours en jours.

Nous avons fini par arriver dans la petite station de montagne de Belokourikha dont nous avons déjà pas mal parlé dans ces carnets. Mais jamais je n’y étais venu en hiver. Et là nous sommes au plein coeur de la saison, - autant dire « La Semaine des Vacances d’Hiver ».

Au restaurant Michelle, nous avons retrouvé Sémion qui s’occupe de l’animation artistique du restaurant et de quelques sanatoriums. Après différentes tractations nous serons finalement logés dans deux chambres au sanatorium « Sibir » et en pension complète, ce qui fut la dernière bonne surprise. Un sanatorium ici est une sorte de grand hôtel où on trouve aussi un espace de soins. Mais tout le monde n’y vient pas pour les soins. C’est une résidence de vacances familiales avec des différences de standing assez importantes. Nous serons logés au dernier étage, dans une zone probablement réservée aux hôtes professionnels, d’un confort spartiate mais satisfaisant.

Dès ce soir nous allons jouer de 19 à 22 heures tous les jours dans le restaurant. Le lieu est spacieux et on pourrait y loger facilement le double des tables. Une clientèle select y vient déguster une cuisine de spécialité française. Il faut préciser que deux des cuisiniers étaient venus en stage au restaurant 1802 à Besançon, lorsque la coopération entre la région de Franche-Comté et celle de l’Altaï n’avait pas encore été interrompue par la Présidence de Marie-Guite Dufay. En tout cas c’est probablement grâce au souvenir de cette coopération que nous sommes si bien accueillis par Semion et son équipe.

Nous allons prendre peu à peu nos marques dans cet espace que nous retrouvons chaque soir. Même si la clientèle peut être très différente d’un soir à l’autre. En général le duo Paris Sepia soulève une vent de sympathie, la France que les Russes ont rêvée est parmi eux. Mais cela ne veut pas dire pour autant que le public va se soulever d’enthousiasme. Un public russe est attentif mais rarement expansif. Mais il leur arrive quelquefois de se lever et de danser avec nous.

Un autre soir nous pourrons avoir, comme ce mercredi, une soirée « V.I.P. » comme nous l’a présentée Semion qui nous a demandé de venir une heure plus tôt pour un extra d’une heure. J’ai eu la présence d’esprit de commencer à filmer la table au moment où les convives arrivaient. La soirée était à l’occasion de l’anniversaire de la fille d’un Général. Pendant deux heures nous avons eu un peu l’impression d’être tombé dans un roman de Tolstoï tellement le repas semblait structuré par un protocole rigoureux auquel chacun se pliait avec une attention dévouée. Nous voyons au début du film la jeune femme qui était à l’honneur pour son quinzième anniversaire. La synchronisation avec la musique était parfaite et les bandes de Charlie Chaplin qui passaient au-dessus de la tête des musiciens pouvaient sembler d’une espiègle ironie.

Un autre soir je me permets d’inviter une charmante jeune femme qui soupait avec ses parents pour une valse rieuse et quelque peu émue.

Et à un autre moment Susan et Jean-Paul quittent leur chaise et nous allons comme un trio de gitans hongrois jouer auprès des tables des consommateurs installés sur l’autre aile du restaurant.

Le soir à 22 heures nous rentrons à pied au sanatorium, - à cinq maintenant qu’Andreï et sa petite amie Anya nous ont rejoints. Andreï s’occupe de la traduction, que ce soit pour présenter le groupe ou les morceaux, ou pour solutionner quelque problème d’organisation. Nous formons une petite équipe joyeuse et c’est la meilleure façon de profiter pleinement de notre présence dans ce village de conte de fée où le père Noël et sa fille peuvent vous embarquer en traîneau n’importe où et à toute heure… convenable !

La nuit se met alors à tout recouvrir et le froid fige l’activité des hommes et des bêtes avec pour l’instant moins vingt-cinq degrés. Seuls quelques chats pétrifiés errent encore dans les rues et profitent parfois des allers-et-venues des touristes pour se glisser dans quelque porte entrouverte, - comme ce petit chat noir qui a réussi, grâce à Anya, à se planquer hier soir dans un recoin entre les deux portes de notre sanatorium. La vie de chat à Belokourikha, l’hiver, est une vraie vie de chien…

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06 janvier : Séjour à Belokourikha et réveillon de Noël Orthodoxe.

Notre séjour à Belokourikha a été rythmé par un rythme à la fois détendu mais néanmoins balisé par le rythme des repas et des concerts. Susan et Jean-Paul partageant une chambre de deux personnes, tandis qu’Andreï, sa compagne Anya et moi-même dormions dans une chambre de deux lits superposés. Nous nous retrouvions chaque matin vers 9h30 au restaurant du sanatorium pour le petit déjeuner.

Le contraste de nos menus était manifeste pendant ce repas entre le couple russe et les trois français. Andreï et Anya arrivaient avec un mélange de viandes, de légumes, de salades tandis que nous n’avions dans nos assiettes que des mets sucrés, crêpes, gâteaux, pain, beurre et miel et évidemment le sacro-saint café au lait. A part une fois où Anya avait pris un poisson assez fort, genre maquereau qui se mariait assez peu avec mes tartines de miel, cette différence d’habitude n’avait d’autre incidence que sur la curiosité. Le petit déjeuner pris, chacun s’en retournait à ses petites affaires. Le froid gardait la majorité de nous au sanatorium car le repas de midi, servi entre 13 et 15 heures, arrivait vite après les toilettes, écritures de blogs, lectures, communications via les réseaux sociaux. Des occupations proches, je pense, de tous les autres « pensionnaires ».

A propos des activités dans les sanatoriums, j’ai écrit qu’on peut comparer ces grands établissements à des maisons familiales. Nous en avons eu de nombreuses après-guerre en France, et on peut rappeler que beaucoup étaient en lien avec le parti communisme et qu’il y avait dans leur principe un modèle social défendu par le parti des travailleurs. Je pense que le lien qui existe entre maisons familiales et sanatoriums n’est pas sans relation historique. Les sanatoriums que l’on trouve dans tous les pays ex-soviétiques sont articulés autour des mêmes principes : d’une part un hébergement et d’autre part un apport de soins, thérapeutiques ou de détente. Ces deux aspects, je pense, sont commun à la période actuelle et la période soviétique qui l’a précédée. Là où il y a eu une nette évolution, c’est dans l’élévation radicale de standing qu’il y a eue depuis la fin de l’ère soviétique. Avant, on avait des équipements tels que ceux qui nous ont été mis à disposition. Nous étions au dernier étage et je pense que celui-ci est resté à peu près dans l’état où il a dû être avant 1990 : petites chambres à lits superposés d’un standing basique, et finalement suffisant pour qui n’a pas de problème de sommeil et de dos particulier ; douches collectives (heureusement avec possibilité de fermer la porte à clé !) ; toilettes et lavabos accessibles depuis le couloir. L’équivalent d’un hôtel bon marché. En revanche, de gros travaux ont été faits aux étages inférieurs et on propose maintenant chambres luxueuses, voire appartements de grand luxe. Nous sommes ici à Belokourikha qui est la station haut de gamme de la grande région. Dans ces formules luxe les soins sont compris dans le tarif. Vous avez donc librement accès à la piscine, aux massages, aux divers spas, et à certains soins particuliers. Normalement, lorsque vous arrivez au sanatorium, vous allez consulter un médecin qui va vous orienter vers tel ou tel soin. Mais ce n’est cependant pas comparable à nos établissements thermaux nettement plus orientés vers une spécialité thérapeutique. Ici, le soin est davantage conçu comme un loisir et, avec les – 23 ° que nous avons eus en moyenne, on comprend qu’on préférera quelques soins bien au chaud à une promenade, voire à une sortie de ski. Malgré la passion que j’ai pour le ski de descente, je ne me suis pas risqué cette fois sur les pistes. Cela ne m’a d’ailleurs pas empêché de choper une rhinite. Mais je suis, rassurez-vous le seul des trois.

On se retrouvait donc vers 13 h 30 pour le déjeuner. Là nos menus pouvaient se ressembler. Nous avions pris nos petites habitudes dans la grande salle du restaurant, Anya s’était même fait copine avec une des serveuses de la salle, nos voisins d’à côté avaient commencé à sympathiser avec nous et les femmes au contrôle, à l’entrée du restaurant, nous saluaient comme de vieux habitués. Une ambiance à la Jacques Tati, dans les Vacances de Monsieur Hulot. Comme dans le film, les soirées sont ici aussi organisées par le sanatorium et accessibles gratuitement. Il y a une salle de danse de salon, une salle de concerts et un espace qui ressemble à une boite de nuit. Donc on peut trouver au sanatorium toutes les activités de divertissement qu’un vacancier peut espérer. Encore faut-il aimer passer tous ses loisirs dans le même bâtiment…

En jouant chaque soir dans un luxueux restaurant de la place, nous avons pu, par les rencontres que nous y avons faites, connaître un peu plus précisément quelques clients de l’établissement. Le plus souvent il s’agit de personnes travaillant dans le commerce. Les Russes disent « Bizness ». L’idée d’inviter quelques clientes à danser pour inciter les autres à nous imiter nous a permis d’approcher quelques-unes de ces clientes malgré une forme de « timidité » qui ont empêché les autres de s’approcher de nous et surtout, de nous inviter à leur table. La danse, en autorisant le contact des corps, a la vertu de briser la distance imposée par les convenances. C’est ainsi que nous nous sommes trouvés invités tous les cinq à la table d’une Victoria qui nous a passionnés en nous évoquant sa vie familiale, une famille de « Koulaks » d’Altaï. Suite aux premières purges des soi-disant nantis, elle nous a raconté que sa grand-mère a dû s’enfuir à pied et fuir toute seule à mille kilomètres au nord, évoquant à sa petite fille les dangers et les pièges à laquelle elle avait dû échapper. Aujourd’hui Victoria est propriétaire de carrières et de sablières, une entreprise employant soixante-dix personnes. Elle a trente-deux ans et a déjà deux divorces dans son sillage. Comment associer une activité de chef d’entreprise de cette envergure, commencée assez jeune, et une vie de couple ? Sérieuse énigme… Donc chaque année nous dit-elle, elle vient passer une semaine seule à Belokourikha. Les deux soirs où elle est venue nous écouter, elle était en compagnie de personnes souvent plus âgées, - et j’avais cru que les premières étaient ses parents. Loin de là. Ils étaient probablement ses invités…

L’autre « dame » que nous avons connue, et encore grâce à la danse, est une belle femme d’une cinquantaine d’années avec un je ne sais rien d’éternellement jeune sur son visage. Comme si la petite fille en elle avait refusé de disparaître. Irina était de Biisk où elle avait un ensemble de boutiques de vêtements dans une galerie commerciale du nouveau centre-ville, le quartier le plus commerçant. Elle aussi prenait ses vacances toute seule et logeait dans le sanatorium Rossya dont nous parlerons plus tard.

Et puis il y a eu cette famille qu’on nous a présentée comme VIP. Semion, le manager avec qui j’avais négocié l’ensemble des concerts, nous a demandé de venir exceptionnellement une heure avant pour ce repas. Le « payeur » était un général qui célébrait l’anniversaire de sa belle-fille. A ce propos nous fûmes informés au début du concert qu’étant donné que la jeune fille n’était pas la fille du général, mais la fille de sa femme, il fallait absolument éviter de citer le mot « papa ». Un autre monde donc que celui-là et un drôle d’homme que ce général qui s’est permis un discours de plus de quinze minutes qui nous a paru complétement surréaliste tellement lent et déstructuré. Ce n’est pas pour autant qu’il n’a pas été écouté, - bien au contraire, on lui accorda un silence religieux, personne n’osant même chuchoter. A ce propos j’oublie une conversation encore saisie par Anya ou Andreï. Le Général répondait à sa belle-fille, qui souhaitait partir en vacances à l’étranger, qu’il aimerait bien lui-aussi mais qu’il n’en avait pas le droit. On le pourra dans cinq ans poursuivait-il, lorsque je serai en retraite. Qu’est-ce que cela signifie ? Tout simplement qu’en tant que haut placé dans l’armée, cet homme et sa famille n’ont pas le droit de sortir du territoire douanier de la Russie. Une façon probablement d’éviter les risques de trahison…

Globalement on peut dire que viennent ici des personnes de classe moyenne supérieure. Comme ce couple qui dansait si joliment avec leur fillette. Une classe moyenne qui majoritairement se trouve dans les professions libérales (on a connu un médecin) et notamment liées au domaine commercial, - ce qu’une bonne partie de la médecine en Russie est devenue d’ailleurs…

Pour ce qui est de la station de Belokourikha en général, on peut y trouver toute la classe moyenne. Effectivement, tout le monde ne peut pas passer ses soirées au restaurant Michelle. Mais on peut obtenir une chambre dans un sanatorium pour trois jours, en pension complète, pour un prix, sinon bon marché, du moins accessible. Il faut ajouter à cela que beaucoup de Russes, hommes, femmes, jeunes couples, vivent longtemps chez leurs parents, ce qui leur permet de faire quelques économies et de se payer un séjour à Belokourikha.

Pour revenir à la température, nous sommes tombés cette semaine de début janvier sur un période de froid. Le thermomètre ne se fixe cependant pas à ces températures, même s’il est aussi capable de les dépasser (en négatif). La semaine qui suivra notre retour, le thermomètre remontera autour de zéro, ce qui est vécu comme chaud par les Russes. En général les basses températures accompagnent un temps sec et, lorsque le thermomètre remonte, c’est pour préparer de nouvelles chutes de neige. En l’occurrence en ce début d’année le froid sec avait bloqué l’enneigement et on se plaignait à Belokourikha du manque de neige sur les pistes. Cela ne veut pas dire que l’herbe réaffleurait comme c’est souvent le cas par exemple dans le Jura. Mais les pistes deviennent verglacées et les descentes désagréables voire dangereuses.

Voici quelques clichés de Belokourikha vue pendant nos promenades de la journée. La rivière Belokourikha est bien sûr gelée et presque recouverte par la neige. Mais le charme des promenades le long de la rivière en hiver n’a pas à envier celui de la saison d’été. Les diverses décorations lumineuses, privées ou publiques, courent délicatement sur le blanc immaculé du chemin et des abords. C’est très beau et très agréable.

Le sept janvier est la date du noël orthodoxe. La veille, un samedi, Andreï à la sortie de chez Michelle nous dit « Vous voulez bien venir à la messe de minuit avec nous ? ». Après quelques renseignements, nous avons l’itinéraire à suivre pour se rendre à l’église orthodoxe dont j’ai déjà parlé dans les Carnets de Sibérie. C’est assez loin de chez Michelle, et encore plus loin du sanatorium Sibir. On décide de partir à pieds. Il fait un froid de canard et mon nez qui s’est mis à couler depuis la veille ne rend pas cette promenade nocturne très agréable. Dommage, sans cette rhinite j’aurais trouvé ce petit périple à pieds merveilleusement romantique. Nous marchons tous les cinq le long de rues puis de ruelles peu éclairées. Peu à peu les grands sanatoriums couverts de décorations lumineuses laissent la place à des isbas emmitouflées dans la neige, puis parfois les grilles d’une usine avec leurs grandes cheminées qui pointent vers le ciel étoilé. On doit redemander notre route à un vieil homme que nous croisons. Andreï et Anya cavalent devant nous, ils sont mignons avec leur jeunesse gonflée d’énergie, on dirait de jeune faons. Au bout d’une trentaine de minutes de marche nous commençons à discerner le son du carillon de l’église. C’est curieux le son de ces petites cloches aigrelettes adouci par le tapis de neige. Apparemment nous avons tourné trop tôt et il nous faudra contourner une grande usine et revenir sur nos pas pour trouver l’église.

Nous entrons par une double porte, l’une en bois l’autre de verre. A l’intérieur une chaleur humide nous éprend et couvre immédiatement les lunettes de Jean-Paul de buée. Il doit se faire guider par Susan pour pouvoir avancer. Le parterre de l’église est empli de monde, debout comme le veut le rituel orthodoxe. On est assez tolérant dans ces églises. Une femme regarde son smartphone, une autre filme le rite depuis le balcon où se trouve le chœur. J’apprendrai que l’une d’elle se fera tirer les bretelles par le pope qu’elle mitraillait avec son flash. Il lui a demandé sèchement d’arrêter devant tout le monde. Elle a dû quand même piquer un sacré far. Une messe orthodoxe c’est un mélange particulier d’ordre et de désordre. Toutes les femmes ont les cheveux couvertes d’un châle ou d’une écharpe, ce qui leur donne un charme biblique. Les hommes doivent avoir, eux, la tête nue. Dommage pour les chauves… Si l’on peut rester un peu dubitatif face à ces incessants signes de croix, impressionné par la mise en scène du rite (mais quel rituel n’a pas soigné sa mise en scène) il est une chose que j’ai toujours trouvé irrésistible pendant les messes orthodoxes, c’est leurs chants. Que ce soit le chant continu des popes dans l’église du monastère de Sergueï Possad que celui des femmes du cœur de celle où nous étions, j’ai toujours considéré cela comme une pure merveille. Il faut dire que la jeune femme qui avait le chant lead avait une voix particulièrement bouleversante dans une adaptation russe de « Douce Nuit ».

Le retour à pieds au sanatorium sera particulièrement pénible pour le marcheur enrhumé que j’étais. Cinquante minutes de marche par moins vingt-cinq quand on a le nez pris, - vraiment pas un plaisir... D’autant plus que le sol était gelé et glissant. La religion, malgré ses efforts, n’arrivera jamais à nous faire oublier qu’on a un corps et que, quoi qu’elle en dise, c’est bien lui la base de la vie, de notre condition d’homme, et que sans lui nous ne sommes même pas poussière, seulement le plus indifférent des néants. Là, en ce retour de l’église, mon nez me disait que je n’étais qu’un imprudent et que j’aurais dû rentrer en taxi. Trop tard, - j’allais le payer les jours suivants …

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Visite du domaine du sanatorium « Rossya »

Cette page fera en quelque sorte un lien entre le projet de la tournée de Paris Sepia et ceux qui vont suivre puisqu’on avait profité de notre présence à Belokourikha pour rencontrer, avec Andreï, le Directeur général du sanatorium « Rossya ». Ceci en prévision de notre prochain voyage au salon du tourisme de Lyon, du 1er au 3 mars 2018. L’idée est d’aller rencontrer les agences touristiques françaises avec en main une enveloppe aux couleurs de la région d’Altaï et, à l’intérieur, des prospectus de différents sites touristiques qui seront nos futurs partenaires. Les enveloppes seront distribuées aux agences françaises pendant les trois jours du salon et les partenaires participeront à notre voyage. Une façon communautaire d’envisager le projet.

Notre premier rendez-vous pour ce projet a été une réunion de professionnels du tourisme d’Altaï, organisée par « Altaï Tour Center », un service de la région d’Altaï qui fédéralise et conseille les acteurs du tourisme local, publie des brochures publicitaires et organise des événements, salons et réunions de professionnels. C’est donc à l’une de ces réunions que nous avions été invités, les 14 et 15 décembre 2017, avec Andreï. Le deuxième jour de la rencontre, nous avons fait la connaissance avec Fedor Elfimov, directeur général du sanatorium Rossya, qui nous a invités à prendre contact avec lui lorsque nous serions à Belokourikha. Le rendez-vous fut donc fixé à la fin de notre semaine de concerts, le vendredi. Fedor Elfimov a proposé de venir nous chercher devant notre sanatorium et, à l’heure, il nous attendait dans une très belle Audi quatro blanche. Avec Anya et Andreï, nous laissions nos amis musiciens terminer leur petit déjeuner et nous embarquions tous les trois sur les routes enneigées de la station.

Nous ne savions pas exactement quel programme le directeur général avait prévu. Il avait juste dit qu’il nous ferait visiter quelques installations. Il a donc commencé à nous conduire au sanatorium, un building impressionnant surgissant derrière la petite chapelle de la station.

Là nous avons été présentés à Ioulia Fedina et Hadejda Tchoubachova, responsables de la communication et du marketing, qui nous ont fait visiter le sanatorium. Nous avons découvert quelques chambres, de la chambre simple à l’appartement complet, tous confortables et meublés avec soin.

Ensuite on nous a fait découvrir le centre de soins. Des couloirs en galeries permettent de passer d’un bâtiment à l’autre. La partie soin est dans un bâtiment séparé de celui des résidences. Les soins sont inclus dans le tarif des séjours en pension complète. Qu’il s’agisse de la piscine, des divers spa et jacuzzi, sans oublier des espaces beauté aux instruments mystérieux, un solarium bronzant, une salle d’entrainement, et des drôles de bains dans certains desquels on ajoute le sang des cornes du Maral (cerf sibérien) dont les vertus seraient énergisantes, spécialement sur la virilité des hommes… Une salle d’entrainement aussi, qui permet parfois à des sportifs de haut niveau de venir s’entraîner et se mettre en condition.

Sans oublier un espace relaxant et thérapeutique à base de bols tibétains qui utilise des fréquences de bols en relation avec les soins à apporter.

Après la visite, Fédor Elfimov nous conduit vers un grand chalet situé à l’arrière du sanatorium, dans la vallée d’un ruisseau. Sur le chalet une enseigne : « Eco hôtel Echo », affublé de quatre étoiles.

L’éco-hôtel se trouve très bien placé, au pied des pistes, devant une patinoire l’hiver et une piscine l’été. Un magasin de location de ski se trouve juste à côté, et, avec le sanatorium, l’hôtel est situé au plein cœur de la station de Belokourikha. Pour ce qui est des pistes, piscine, patinoire, location, tout est gratuit pour les résidents de l’hôtel puisque ces installations appartiennent au sanatorium. Nous nous étions heurtés l’été dernier au phénomène inverse. Nous voulions aller avec Jean-Paul à la piscine. Mais sans faire partie d’aucun sanatorium, l’accès aux rares piscines accessibles était sanctionné par un tarif absolument prohibitif. En étant résident c’est le contraire : tout est accessible et gratuit.

L’intérieur de l’hôtel Echo est d’un confort raffiné. D’un goût parfait comme l’ensemble des installations du sanatorium. Chaleur, luxe et volupté pourrait définir ces intérieurs, des chambres aux espaces de détente et de restauration de l’hôtel.

A nouveau dehors, Fédor Elfimov nous dit aussi que le parking où nous nous trouvons est le point de départ de nombreuses excursions. Quant à ceux qui désirent faire du ski, aucun temps à perdre. Il suffit de sortir de l’hôtel, de prendre ses skis au magasin de location, de faire quelques pas et le tire-fesse vous emporte sans avoir à subir une seconde d’attente. Bref, avec ce chalet, nous avions en quelque sorte la Suisse, avec quelques degrés de moins quand même, et une disparition des queues d’attente et de la surpopulation.

Mais il semblait que ce que Fedor Elfimov avait le plus à cœur de nous faire visiter n’était pas encore tout à fait cet hôtel quatre étoiles. Le chef d’œuvre qu’il avait hâte de nous faire découvrir était un petit peu plus loin… Nous voici donc à nouveau dans l’Audi qui évolue sur la route enneigée comme un écureuil sur un tronc. En effet, nous commençons à gravir un chemin qui monte dans la forêt enneigée. En contrebas, les tours des sanatoriums. Déjà on voit ici un cheval attaché à une barrière, là quelques motoneiges.

C’est alors que je prends conscience que nous sommes en train d’aller à un endroit que j’avais découvert sur le net et que j'ai prévu de conduire les voyageurs de notre itinéraire multiculturel (qui sera révélé prochainement) ! C’est une sorte de hameau qui porte le nom de Lesnaya Skazka, « la forêt des contes ». Le seul inconvénient c’est qu’il se trouve à 10 km de Belokourikha, au bout de cette route qui n’est accessible, été comme hiver, qu’aux véhicules tout terrain. En effet, en voyant devant nous ce chemin de neige glacé aussi abrupt qu’une piste de ski, je me demande comment c’est possible de pouvoir escalader ça dans une voiture. Mais tranquillement la voiture arrive au sommet…

Cette route, Fedor Elfimov nous explique qu’elle a été construite de toute pièce par son entreprise. Car tout le territoire que nous parcourons appartient au sanatorium. Comme l’installation électrique qui mène au hameau, comme les canalisations de gaz. « Nous avons dû tout faire », nous dit Fedor elfimov avec une fierté certaine mais sans aucune vanité. Il ajoute même « Excusez-moi, c’est un peu comme dans le conte du chat botté où l’ogre dit : tout ce que vous voyez est à moi… »

Nous faisons une halte sur un point de vue où un groupe de vacanciers attendent une navette par motoneige qui doit conduire vers quelque curiosité. Un peu plus loin, un abri pour piqueniquer ouvre une saillie sur l’immense plaine que l’on voit s’arrêter brutalement au pied du massif de l’Altaï.

Nous reprenons le chemin. Fedor Elfimov nous fait remarquer la température extérieure indiquée sur l’écran de la voiture. Il fait sept degrés de plus qu’à la sortie de la ville. « C’est toujours ainsi à cet endroit, été comme hiver on a une différence de température similaire. Comme je lui fais remarquer ma surprise à ce qu’on puisse monter une pente pareille, il me dit qu’il n’y a pas de problème, que par temps froid il y a une très bonne adhérence. C’est au dégel que les problèmes apparaissent, lorsque la neige n’est plus compacte… Les pneus à clous, c’est d’une efficacité vraiment impressionnante…

Nous voici donc arrivés au hameau de « La forêt des contes ». Un lieu probablement imaginé et créé de toutes pièces par cet entrepreneur éclairé. Oui, il n’y a rien à redire. Peut-être cela est neuf et donc n’est pas historiquement authentique, mais l’idée est juste : nous sommes véritablement dans un espace animé d’un vrai esprit russe.

C’est mieux que le chalet un peu trop suisse de l’hôtel écho. La construction est ici vraiment à la russe, avec ces billes de pin qu’on retrouve dans toutes les isbas traditionnelles. Quelques fantaisies, comme ces fenêtres triangulaires, ne relèvent pas d’un style typiquement russe, mais quand même, l’ensemble se tient. Certes, j’aurais apprécié davantage de décorations des belles isbas traditionnelles, avec leurs découpes stylisées et un soleil sur le fronton. Mais quand même, il y a tout ici pour s’y sentir bien, et vraiment en Russie, - comme ce petit pavillon qui nous ravit par le style slave que lui a donné son architecte.

Le hameau de la forêt des contes est constitué d’un ensemble de maisonnées promues à la location journalière. On y trouve différents espaces, de la maison familiale très confortable, avec deux étages et pouvant accueillir huit personnes, jusqu’à la maisonnette individuelle constituée d’un lit deux personnes, d’un divan et d’un poêle de masse, copie conforme des pietcka russes traditionnels.

Mais le hameau comporte aussi de nombreux équipements conçus pour les vacanciers : saunas russes (banya) ; un grand restaurant pouvant accueillir des banquets, des concerts, avec une très grande terrasse pour l’été ; un deuxième restaurant plus intime et plus adapté à l'hiver. Il y a bien sûr une piste de ski et des espaces de jeux pour les enfants.

Le hameau a été terminé en 2013, ce qui fait qu’il est encore en phase de développement. Le projet est ambitieux, relativement nouveau dans son concept, bref un défi pour son créateur. Nous avons senti, pendant tout cet après-midi de visite, l’importance que ce village de vacances avait pour son créateur. Et les idées ne manquent pas. Il nous fait découvrir par exemple l’ensemble des installations monumentales qu’il a commandité à un artiste local. Que ce soit le Pinocchio qui trône au bas des pistes, l’énorme pince à linge, la louche en bois géante, le grand maral (cerf sibérien) blanc au pied des pistes et toutes celles parsemées dans le village, l’ambition était d’intégrer l’art dans un lieu touristique et d’assumer le nom de Forêt des contes - en russe « Лесная Сказка » - qui lui a été donné. Chaque sculpture évoque un conte russe, excepté bien sûr le Pinocchio, et Ludmila, la gérante du lieu, se met à nous raconter le lien entre les œuvres et le contenu des contes qui les ont inspirées. Elle nous parle de ce maral blanc retrouvant son chasseur dans l’au-delà et d’autres histoires dont j’ai malheureusement oublié les détails.

L’un des bâtiments était un grand sauna russe (banya) et devant la maison, dans le cours du ruisseau qui passe devant la maison, on a creusé un rectangle dans la glace afin que les banyeurs (sic) puissent aller se plonger en sortant de l’étuve, comme il est l’usage dans les tous les saunas. La glace avait bien sûr déjà repris du terrain, aux prochains banyeurs de rafraîchir, si je puis dire, l’orifice.

On est remonté en voiture et Fedor Elfimov poursuit la visite guidée du domaine. Un peu plus loin, toujours au bord du ruisseau, plusieurs chalets sont plantés autour d’un ensemble que notre hôte nous présente comme un centre d’apithérapie. Ignorant dans ce domaine je vous réfère à un site sur la question et qui explique que « l’application la plus nettement thérapeutique des produits de l’abeille - et l’une des plus anciennes - demeure l’utilisation du venin d’abeille pour soigner les affections rhumatismales et arthritiques chroniques, certaines maladies inflammatoires comme les tendinites et les bursites, ainsi que la sclérose en plaques. ». Eh bien ! Donc on a pu voir une série de ruches où hibernaient les abeilles thérapeutes…

Le domaine comporte deux étangs. Le premier se trouve près du village, où, l’été, on peut pêcher, se baigner ou vaquer en pédalo. Un autre a été creusé un peu plus bas, sur lequel affleure une petite île couverte d’un kiosque. La limite du domaine se trouve un peu plus loin, sous la forme d’un petit cabanon avec une table et des bancs pour piqueniquer. Sur la droite un ensemble de rochers forment la tête d’un géant qui est là, nous dit Fédor Elfimov, pour veiller à la paix et au silence des lieux. L’été, un chemin mène à la station de Belokourikha en suivant le lit du ruisseau. Il faut quand même trois heures de marche pour y arriver.

La visite était terminée et Fédor Elfimov nous proposa d’aller boire un thé dans sa maison qui domine le deuxième lac. Nous fîmes donc demi-tour dans la neige et sommes retournés par le sentier enneigé vers l’isba blanche que nous avions aperçue juste au-dessus de l’île au kiosque.

Là nous attendait la femme de Fedor, Olga, qui nous a reçus avec chaleur et gentillesse. Notre petite équipe tenait bien la conversation, entre Anya qui ne manquait pas d’apporter son charme détendu et Andreï qui, en plus d’être un interprète attentif et efficace, sait aussi enrichir la conversation de sa personnalité dynamique et sympathique. Bref, nous nous sommes retrouvés autour de la table du salon comme de vieux amis. Nous avons eu droit à une explication sur l’énorme poêle norvégien qui trône au milieu de la salle, et qui a dû évidemment, avec ses trois tonnes, être monté sur place, et puis la conversation est partie dans toutes les directions, comme on fait presque toujours dans ce genre de petites réunions improvisées.

On dit qu’il y a toujours une femme à côté d’un grand homme. C’est bien sûr le cas ici. On a vite compris que leur entreprise avait été montée à deux lorsqu’Olga nous raconta qu’elle s’était occupée de la gestion et, surtout, de défendre l’entreprise de la prédation des « raiders », des sortes de pirates financiers qui, si vous n'êtes pas blindé juridiquement, vont essayer de vous arracher votre entreprise des mains (voir wiki en anglais. En tout cas, si Olga a réussi à tirer l’entreprise des griffes de ces « bikers », c’est certainement qu’elle a dû faire face d’un sang-froid et d’une combativité redoutables.

Nous avons passé environ deux heures très sympathiques, dégustant café, pâtisseries, et puis sont venus quelques verres de vin français accompagné de jambon fumé d’Espagne et d’autres amuse-gueule sucrés ou salés très alléchants en cette fin d’après-midi. Leur fille, qui était aussi présente est restée près du poêle à lire, - littérature ou droit puisqu’on nous a dit que c’était sa spécialité.

Avant de partir, Fedor a tenu à nous faire essayer quelques-unes de ses toques de fourrure, ce qui a permis à Anya de nous mitrailler allégrement ! Un dernier portrait de notre hôte, avant de sortir dans la nuit tombante : Fedor Elfimov nous montre une paire de skis traditionnels, faits à la main, de ceux qu’utilisent les trappeurs, l’hiver.

En tout cas nous avons fait la connaissance avec un partenaire attentif et ingénieux, pour un lieu que j’ai déjà remarqué sur le net et dont l’intérêt se confirme. Un peu de confort, de soins, de nature sauvage dans un lieu reposant, - c’est exactement ce que j’avais envisagé pour mes touristes à la fin du séjour, avant de remonter prendre leur avion à Barnaoul. L’accueil chaleureux de son propriétaire me conforte dans ce choix, un homme chaleureux et passionné dont la formation initiale a été… direction de chœurs. Oui, un musicien ! J’adore les coïncidences ! Alors, pour vous donner une idée de ce à quoi ressemble la forêt des contes en été, je vous propose de le découvrir sur cette vidéo :

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10 janvier : En marge de la tournée, les rencontres amicales.

Avec Susan et Jean-Paul nous nous connaissons depuis longtemps. Et cette tournure amicale, qui préexiste à ces deux tournées, fait qu’elles seront certainement uniques. J’aurais de la peine toutefois à organiser une tournée pour une équipe avec qui je n’aurais aucun atome crochu, et je me demande même si cela est possible. L’avenir nous le dira. En tout cas, notre petite équipe amicale a encouragé quelques amis russes à se joindre à nous, à passer quelques moments de conversation privilégiés, et certains à nous ouvrir leur porte, que ce soit chez eux ou sur leur lieu de travail.

Il y a eu bien sûr cette fête de Noël à l’Alliance Française de Novossibirsk. Après la soirée du Beaujolais nouveau où j’avais été l’animateur musical, notre directrice ainsi que Larissa Adonkina, chargée des animations, nous avaient invités pour cette nouvelle festivité le 25 décembre. Nous avons passé une très agréable soirée que nous avons contribué à rendre agréable en apportant notre french touch. Les élèves de mon cours de chanson française étaient présents et ont interprété quelques chansons et l’un d’eux, Anatole, avait même apporté son accordéon et nous a fait entendre deux chansons qu’il avait travaillées tout seul chez lui ! La soirée a été l’occasion pour les étudiants de découvrir le vin chaud et même une fondue savoyarde avec, malheureusement, aucun fromage de Suisse ou de Franche-Comté. Mais bon, une fondue quand même ! A la fin de la soirée de longues conversations ont pu avoir lieu entre nos étudiants de l’Alliance et Susan et Jean-Paul, une façon de parler de qui on est, de ce qu’on ressent au contact des uns et des autres, de nos ressemblances et de nos différences.

Quelques jours plus tard Natalia, une de mes étudiantes, nous a invités pour une soirée entre amis. C’était une première pour Susan et Jean-Paul. Il faut savoir que les Russe n’ouvrent pas si facilement leur porte, - souvent par timidité, ou par un code de convenance dont je n’ai pas encore compris tous les ressorts. Pour Natalia, nous inviter était une façon de me dire adieu car, suite à un nouveau travail, elle ne pourra plus faire partir de notre cours de débutants. Lors de la dernière leçon elle en avait pleuré de regret. C’est vrai qu’elle était toujours présente dans les quelques activités que nous avions menées (voir dans l’onglet « français FLE » de francaisensiberie.com) et qu’elle a toujours participé très activement aux animations de l’Alliance Française. Quitter le cours était une façon de perdre cette petite famille que les étudiants avaient constituée. En tout cas nous voici partis en taxi vers l’adresse qu’elle nous a donnée. Nous serons rejoints par Alecia, qui s’est proposée d’être notre interprète pour tous les concerts à Novossibirsk et dont nous reparlerons un peu plus loin. La soirée chez Natalia fut intime et amicale. C’est ce qui donne à ce morceau de Paris Sepia, enregistré pendant la soirée, une magie très en adéquation avec la période de Noël.

Tout ne peut pas être photographié, filmé. Comme ces fins de soirées passées par Jean-Paul et Susan dans les bars autour de l’hôtel « central » placé en plein centre-ville et qu’ils ont particulièrement apprécié. Nous sommes allés à la fin du séjour dans l’un de ces endroits qu’ils avaient choisi pour traîner le soir et faire quelques rencontres. Mais ce jour-là personne n’est venu discuter avec nous. Les autres fois, qu’ils se soient installés en salle ou assis au comptoir, ils avaient été apostrophés par des voisins et la conversation s’était nouée. Mais je ne pourrais vous rapporter ces échanges bien qu’ils m’en aient un peu parlé. Quoi qu’il en soit, la rue Lénine est très certainement la rue où il faut sortir le soir si vous voulez rencontrer des gens, et c’est aussi une très belle rue à parcourir en cette période de fête où on l’a rendue piétonne. Comme dit Susan dans la vidéo ci-dessous : « C’est les Ramblas de Novossibirsk ! »

Dans le contexte de nos soirées amicales, il faudrait bien sûr parler de nos principaux interprètes, je veux parler d’une part d’Andreï Zakharov et Anya son amie, ainsi qu’Alecia Iarochtchouk. J’ai déjà un peu aussi parlé de Larissa, notre interprète à Tomsk avec qui nous n’avons malheureusement passé qu’une soirée. Avec Andreï c’est une semaine complète passée ensemble et avec Alecia plusieurs jours aussi.

Andreï m’aide aussi dans le projet de francaisensiberie.com, traduisant des courriers, appelant au téléphone des partenaires et a même passé une journée à découvrir avec moi le domaine du sanatorium « Rossya » dont je parlerai dans une prochaine page. Ils ont dû aussi me supporter une semaine comme voisin de lit au sanatorium « Sibir » où nous étions logés dans la même chambre à Belokourikha. Une épreuve certainement pour eux ! ». Avec Andreï, nous sommes maintenant de vieux amis. Je l’ai connu lors de la résidence pour les « Carnets de Sibérie » où il était déjà mon interprète. Le dynamisme et l’attachante bonne humeur d’Andreï et Anya ont séduit Susan et Jean-Paul, - bien qu’au départ ils pensaient qu’un interprète n’était pas utile à Belokourikha. Il y a eu bien des occurrences pour les faire changer d’avis, à commencer par le soir du 31 décembre où quelques coups de fil d’Andreï nous a sorti d’une situation très embarrassante, - mais j’en ai déjà parlé plus haut. Peu à peu notre équipe est devenue une petite famille bavarde et enjouée. C’est important ces moments de convivialité. C’est ainsi que l’on entre peu à peu dans le véritable univers d’un pays. On échange, on s’étonne, on essaie de comprendre, on apprend, - et on rentre chez soi forcément moins obtus qu’on est venus, avec l’impression d’avoir fait un vrai voyage. Un grand merci donc à vous deux, Andreï et Anya !

Andreï à l'action chez Michelle
Anya nous assiste comme photographe dans nos visites de partenaires

Une autre personnalité attachante est celle d’Alecia avec qui j’ai fait la connaissance à l’occasion de cette tournée, - même si elle avait participé à mon premier cours de chanson. Alecia a développé sa propre structure de formation où elle enseigne le français et l’anglais. La demande, nous dit-elle, est très importante en anglais. Egalement efficace comme interprète (elle a, comme Andreï, fait une partie d’études en France), elle a aussi cette curiosité, ce dynamisme, cet enthousiasme, qui a été le trait commun et particulièrement appréciable des interprètes de cette tournée. Comme un échange de bons procédés, elle a demandé à Susan et Jean-Paul d’intervenir dans sa structure pour une master-class en anglais, et cela dans une salle qui se nomme "Be Happy !". Les étudiants étaient absolument ravis présentant chacun leur savoir faire (il y avait même une chanteuse soliste à l'Opéra !) et Susan, heureuse de pouvoir parler sa langue maternelle, n’a pas caché son plaisir de passer quelques heures anglophones et en musique !

Il y a eu aussi, à Belokourikha cette fois, une après-midi très sympathique avec Daria que j’ai rencontrée à l’occasion des « Carnets de Sibérie » et dont notre présence à Belokourikha est en partie grâce à elle puisqu’elle nous avait mis en relation avec le programmateur du café Michelle. Daria et son mari Kostia nous ont donc invité pour un repas du Noël orthodoxe, un repas exceptionnel puisqu’en présence des parents de Daria. Daria m’a souvent parlé de ses parents. Originaires de la région de Barnaoul, le père de Daria avait tenu lorsqu’elle était encore petite à aller s’installer dans la région de Touva. Pour venir en train de Touva il faut deux jours. A vol d’oiseau ce n’est qu’à mille kilomètres mais impossible de franchir les montagnes de l’Altaï. Le train doit donc les contourner par Abakan. J’avais très envie de rencontrer cet homme qui a décidé de quitter la civilisation et d’aller s’installer dans une région où il pourrait cultiver un immense potager et élever poules, vaches et moutons. Une sorte d’écolo, quelque peu marginal dans cette Russie qui rêvait à cette époque d'enrichissement rapide et de grosses voitures, suivi par sa femme et ses trois enfants. La mère de Daria est comédienne et donne des cours de comédie dans leur village au milieu des montagnes. Des gens très doux et très coutois, qui étaient capables de s’entretenir avec nous dans un anglais qui avait besoin de se rafraichir, certes, car non pratiqué depuis de longues années, mais qui revenait au cours de la conversation. Quelques photos souvenir de notre visite, et un air de musique pour nous replonger dans ce repas de fêtes à plein d’égards.

Enfin, il y a aussi ma propre famille. Beaucoup absent pendant cette période de fêtes j’attendais beaucoup de la présence de Susan et Jean-Paul pour passer avec ma fille et la famille de Léna une très belle soirée. J’avais préparé un lapin à la crème et Volodia, mon amical beau-père, les entrées. Nous avons apporté aussi deux très bonnes bouteilles de vin français. La soirée fut très agréable et animée à en voir ces quelques images.

En sortant de la soirée, on a trouvé un temps déchaîné. La tempête soufflait, la neige voltigeait, c’était très impressionnant. Susan et Jean-Paul étaient heureux d’avoir passé cette soirée en famille, à ne manger que des plats faits maison. Nous étions un peu émus, - notre dernier concert approchait, le lendemain à la même heure la tournée serait terminée…

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Vendredi 12 janvier : Le dernier concert, le départ, les adieux.

Le temps passe tellement vite que déjà un nouveau projet me presse, et nous voici dans une nouvelle urgence… Mais il me tenait à cœur d’écrire cette dernière page, même si je devrai l’antidater quelque peu…

Revenons donc en arrière, lorsque la vague de froid s’abattait sur la Sibérie, et à moyenne mesure, sur Novossibirsk. Le thermomètre chute donc, une bise en ajoute encore pour bien nous faire sentir que le froid est une chose sérieuse. On s’achemine vers – 30°, et on le dépassera les jours qui suivront, - 35° j’ai vu s’afficher. Là commence le froid qui inquiète, on n’a pas le droit à une grosse erreur par ces temps. Le froid s’infiltre. On attend le bus et voici qu’il s’attaque aux coudes, puis aux épaules, puis à votre pantalon, malgré le collant qu’on a mis dessous. J’ai bien sûr des chaussures à toute épreuve, « Ounti » qu’ils les appellent ici. Avec un nom comme ça on a bien compris qu’on en doit la technologie aux indigènes. Eux, question froid, ont dû s’attaquer sérieusement au problème. Ils n’avaient pas 25° chez eux quand ils rentraient à la maison. C’est très important la température des intérieurs. Si vous ne vous réchauffez pas rapidement, vous pouvez dire bonjour à la maladie. Quant aux russes, qui regardent toujours ces « Ounti » avec une certaine condescendance, - des accessoires d’indigènes ! – je me dis que, question chaussures, ils doivent avoir souvent les pieds gelés. Car les Russes veulent faire européens. Alors on les voit avec de beaux souliers à peine montants, moulés, au cuir luisant. Bref, des chaussures que je n’échangerais pour rien au monde contre mes chères bottes doublement fourrées avec une semelle intermédiaire en feutre. C’est là le trait du génie : le feutre entre le pied et la semelle de caoutchouc. Le froid ne s’en remet pas, impossible de passer par là… Mais bon, je n’étais pas là pour parler de chaussures…

Susan et Léa avaient décidé de retourner à l’hôtel « Tsentralnaya ». D’après une amie, ce choix est une marque de goût car pour elle, historienne d’architecture, l’hôtel « Центральная » est un véritable chef d’œuvre du constructivisme. Mince, je n’avais pas remarqué, - et je n’ai pas encore trouvé le temps d’aller vérifier. En voilà donc une photographie. Il faudra que je demande à mon amie Daria quelques explications à propos de la grande valeur selon elle de ce bâtiment. Il doit bien y en avoir une, malgré un premier regard pas enthousiasmant…

Le jour du concert nous avons prévu de nous retrouver à 17 heures devant l’hôtel. Alecia, notre charmante interprète, ne peut se libérer si tôt, elle nous rejoindra au club Art Pab. Le chauffeur de taxi a un style asiatique. Il ne parle pas et nous, terribles français, nous entonnons une discussion comme peu de peuples sont capables d’en avoir dans des endroits pareils. Le résultat c’est qu’en arrivant à Akademgorodok, 35km plus loin, le chauffeur nous fait une gueule de cent pieds de long. « Non mais, ces types qui n’ont pas arrêté de me casser les oreilles et ne m’ont même pas adressé la parole ! ». Oui j’ai eu un peu honte… On ne se rend pas compte que, parfois, on exagère, « je » « tu » « nous », enfin jе suis peut-être un peu responsable… Mais c’est rageant de venir d’un pays qui n’est capable que de critiquer la baguette dans l’œil des voisins alors que franchement, à l’heure actuelle, il est un peu en train de jeter à la poubelle tout ce qui en faisait un pays d’exception, voire même, à certaines époques, un véritable pays modèle. Alors voilà, je m’emballe, j’argumente, bref, tout ce qui est fantastique dans une conversation… à condition qu’on la comprenne… Et encore…

Bon ! Nous entrons dans le club Art Pab, ex Nikouda, nom qui faisait davantage remarquer l’esprit d’humour qui court dans cet endroit dont la décoration est quelque peu dadaïste, prenant le monde de la science et de la technologie en dérision. Sergueï, le patron, n’est pas présent. On nous accueille sans enthousiasme mais quand même respectueusement. Il y a un technicien pour le son, on nous servira un dîner respectable, et peu à peu le personnel deviendra plus chaleureux, presqu’enthousiaste à la fin.

J’ai déjà parlé du Nikouda (qui est un jeu de mot qui pourrait se traduire par « non-lieu » en même temps que « nulle part ») dans les Carnets de Sibérie. C’est un lieu important d’Akademgorodok, qui a été vendu il y a deux ans, d’où le nouveau nom. C’est un grand club organisant de nombreux concerts et qui a l’avantage (à mon goût) de laisser les gens assis à une table plutôt que debout comme du bétail. On verra d’après ces mots que je n’aime pas beaucoup les SMAC françaises. Obliger les gens à voir un concert debout est une façon d’orienter le style musical. On n’imagine pas écouter du Brassens ou du Ferré debout. La disparition du « Music Hall » comme l’appelle le vieux Trenet, ou des cabarets, a donné un vilain coup à la chanson française… T’enlève les chaises et tout ce qui n’est pas énergie devient fatiguant et lassant… Mais fermons la parenthèse.

Pendant le repas, pris avec les musiciens et Alecia notre interprète, comme je l’avais indiqué dans notre contrat (car aucun repas ne vous sera offert si vous ne l’avez pas mentionné dans les clauses de vente du spectacle), deux autres de mes élèves du cours de chanson sont arrivées. Marie et Pauline. Je dis « deux autres » car Alecia en fait aussi partie aussi. Une petite répétition des trois chansons que nous interprèterons ensemble et nous voilà prêt à accueillir le public.

Depuis ce concert commence, à l’Art Pub, les jeudis du jazz. Le seul problème c’est que nous ne sommes pas vraiment des jazzmen. En plus nous essuyons les plâtres, le public n’a pas encore pris l’habitude de ce nouveau programme hebdomaidaire. Il n’y aura donc pas foule ce soir-là. Mais les spectateurs présents seront très heureux. Un homme me dit avec enthousiasme à la fin « C’était beaucoup mieux que ce à quoi je m’attendais ! » Et on verra à la mine changeante du personnel qu’on avait fait bonne figure.

J’étais très heureux d’ouvrir aussi la scène à mes étudiantes du cours de chanson. Elles ont beaucoup progressé depuis leur début, la prononciation bien sûr, la justesse aussi. Pauline, ma plus fidèle étudiante était venue avec sa sœur et ses parents. C’est d’ailleurs grâce à sa sœur que nous avons pu avoir ces images.

Et puis, ce concert marquait la fin de cette double collaboration avec Susan et Jean-Paul, pendant la tournée d’été et celle de cet hiver. J’étais très ému et je leur étais très reconnaissant. Ce sont vraiment de merveilleux artistes et de merveilleuses personnes. Alors que le concert se terminait, je leur ai demandé de m’interpréter une dernière fois ce morceau que j’ai adoré les écouter jouer, certainement ma préférée avec la « Valse Chinoise », sans omettre quelques chansons de Fréhel et de Bruand. Il s’appelle « Reproche ». « Est-ce un message inconscient ? » m’a demandé Jean-Paul, connaissant ma situation familiale quelque peu accidentée. Je ne crois pas ai-je répondu. La question m’a quand même interloqué. Un délicieux reproche en tout cas que celui-là et qui a marqué magnifiquement la fin de cette tournée.

Nous avons terminé par boire une bière ensemble, avec Pauline et Marie. J’avais encore demandé cette faveur à l’établissement dans les actes contractuels. C’était sympa de partager ces derniers instants entre nous. Et on en a profité bien sûr pour se faire une dernière photo de groupe, indispensable aujourd’hui n’est-ce pas !

Le lendemain nous nous retrouvions pour un dernier repas au restaurant géorgien « Tbilissimo » tout proche de l’hôtel. Alecia nous y a rejoints. Dernière conversation, petite inquiétude des deux artistes avant leur nouveau départ. Nous ne sommes jamais totalement là pour les adieux quand le chemin est si long. Ils avaient décidé d’aller dormir dans l’hôtel de l’aéroport, le départ étant prévu à 6 heures le matin…

C’est ainsi que nous nous sommes séparés, au coin de la rue Lénine et Sovetskaïa. Susan et Jean-Paul ont disparu dans leur taxi et je me retrouvais avec un nouveau blouson car Susan avant gentiment décidé de m’offrir celui qu’elle avait acheté spécialement pour le séjour et qui était pour homme, et qui était un peu trop grand… Un super cadeau qui n’allait pas faire de mal à mon look. Un cadeau qui marquait, je l’espère, leur satisfaction de ce séjour. Oui, je le pense, c’était inoubliable. Quel bien cela m’a fait ! Amis voyageurs, revenez, et d’autres encore et d’autres, il y a du bonheur à partager dans ce coin ci de la planète !

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