11 février 2018 : Le musée en plein air d'Akademgorodok et son extraordinaire église

La fête russe dite de "Maslenitsa", fête païenne des crèpes (11 février), précédant la chandeleur, nous a donné l’occasion d’approcher un bâtiment que je rêvais de découvrir depuis un certain temps, - mes tentatives du printemps s’étant heurtées à une grille fermée. Il faut dire que la raideur quelque peu excessive de l’institut d’archéologie ne facilite pas la découverte d’un espace pourtant extrêmement intéressant. Et c’est sans doute ce qui motive l’indifférence des agences touristiques locales pour ce lieu.

Il s’agit donc d’un musée en plein air. Pour le visiter, en saison d’été, il faut se soumettre à une procédure un peu lourde, réserver sa place et attendre que l’institut organise avec les inscrits une visite quand son personnel est disponible. Une procédure pas toujours accessible à tout le monde.

En tout cas, la pièce centrale de ce musée est une impressionnante église dont l’histoire est tout à fait passionnante. Cela commence dans le village de Zashiversk, fondé en 1639, et perdu dans la toundra polaire de l’actuelle Yakoutie. L’église a été construite en 1700 et disparaît des mémoires à la fin du XIXème siècle. Pourquoi ? Parce qu’une épidémie de variole va décimer toute la population du village…

Jusqu’en 1929 où, le 4 mai, une expédition découvre l’église dans le village détruit. La découverte est relatée dans le journal d’un certain B. A. Levanov qui s’étonne de la qualité d’une telle architecture, et notamment de sa coupole en alvéoles. Il ne peut pas s’agir de l’œuvre d’un simple menuisier s’exclame-t-il, ou alors il s’agit d’un grand maître !

On parle à nouveau de l’église en 1933 dans le rapport d’une expédition hydrographique : "Anciennement centre administratif du nord-est de la Yakoutie, la ville de Zashiversk n'a maintenant plus de population et il ne reste à son ancien emplacement que les ruines d’une église en bois". Une évocation à nouveau dans un livre écrit en 1957 par V. I. Ogorodnikov « La découverte de la Yakoutie par les Russes au XVIIe siècle et son adhésion à la Russie ». Reprenant cet article, un autre écrit en 1960 précise que « Maintenant il ne reste à Zashiversk qu’un seul bâtiment délabré, une église protégée par l'Etat en tant que précieux monument historique de l'ancienne architecture en bois. " Texte bref mais accompagné d’une photographie éloquente de l’église dite du Saint Sauveur.

Une autre publication de 1968, avec quelques photographies, commença par exciter considérablement la curiosité et la volonté de sauver un bâtiment condamné à l’abandon. D’autant plus que la nouvelle Akademgorodok de Novossibirsk, pourvue de moyens nouveaux, et l’Institut d'Histoire, de Philologie et de Philosophie de la branche sibérienne de l'Académie des sciences d'URSS comportaient quelques professeurs d’archéologie qu’un bâtiment de 1700 intéressait au plus haut point. C’est d’ailleurs à cette période que le musée en plein air a été fondé (sur un premier site, il n’occupe la place actuelle que depuis 1981). Un tel édifice avait donc parfaitement sa place dans ce lieu de sauvegarde et une expédition fut organisée en 1969, avec, pour chef, l’archéologue Aleksey Okladnikov. On se rend à Iakoutsk en avion, où on en profite pour repérer ce qu’on peut retenir des restes du passé. Un inventaire est fait à Iakoutsk, puis une expédition s’envole pour un nouvel inventaire vers Zyryanka sur le bord de la Kolyma. Kolima qui, avant d’être la région des terribles camps soviétiques, était, et est toujours, tout modestement, un fleuve. De Zyryanka un hélicoptère les conduit à Zashiversk et les laisse se débrouiller là. Ces informations ont été empruntées au livre rédigé par A. P. Okladnikov, Z.V. Gogolev et E.A. Asherkov « La vieille ville de Zashiversk ».

Je fais une petite pose à mon exposé pour me replacer, avec une photographie, dans ce musée en plein air, le dimanche 11 février. Devant moi se trouve Daria Shemelina à qui je dois toutes ces informations et la connaissance du livre dont j’ai parlé ci-dessus. Daria est en train de me raconter plein de choses passionnantes sur ce qu’elle tient de ses professeurs architectes.

Daria est très curieusement une spécialiste des fortifications de Vauban. Pour l'auteur de ce blog, originaire de Besançon, c’est forcément parlant ! Docteur en architecture elle a été l’élève de Nikolay Zhurin et de Sergey Balandin, tous les deux membres de l’expédition de 1969. Cette première expédition avait pour but de faire l’ensemble des relevés nécessaires au démontage qui se ferait majoritairement dans l’exploration suivante, en 1970. Les deux futurs professeurs de Daria ne sont pas archéologues comme la majorité de l’équipe et notamment le directeur de l’expédition, A.P. Zaradnikov. Ils sont professeur d’histoire de l’art (Balandin), thésard et futur chef de la Chaire d’Histoire de l’Architecture à l’académie d’Architecture (Zhurin). Pourquoi ces architectes ? Parce que les archéologues avaient besoin d’eux pour réaliser les plans de l’église, la structure du bâtiment, et l’ensemble des relevés qui permettraient le démontage et surtout le remontage. Bref, tous les problèmes d’architecture qui n’allaient pas manquer de se poser pour démonter, et remonter quelques milliers de kilomètres plus loin, un tel édifice. Pas de démontage en cette première expédition excepté le clocher.

Daria, bien sûr, a entendu Nikolay Zhurin, dont elle a été l’élève pendant sept ans, lui raconter cette drôle d’expédition. Tout d’abord il y avait le problème de la variole qu’on risquait bien de ressusciter en déterrant le Saint Sauveur. Mais ce détail n’inquiétait pas plus que ça ces passionnés tout à leur ouvrage ! Il y avait aussi le problème bien palpable du permafrost qui interdisait, vu la dureté du sol, de planter des tentes. Il a donc été décidé de dormir dans l’église, avec le fantôme de la petite vérole (nom donné à la variole) sous leur matelas. Et puis le directeur de l’expédition, Aleksey Okladnikov, était diabétique. A l’époque il n’y avait pas de seringue jetable pour l’injection d’insuline. Il fallait donc faire bouillir la seringue avant chaque injection. Voilà les quelques aventures rapportée par Daria. Je pense qu’il est difficile d’imaginer les conditions de travail qu’on pouvait avoir à l’époque. Quelques extraits du livre cité expriment les difficultés qu’ils avaient eues à se nourrir correctement. L’un d’eux regrette leur méconnaissance totale de la chasse qui aurait pu leur éviter un régime assez pénible.

Les membres de l'expédition à Zashiversk, 1969 (de gauche à droite): Le photographe V. M. Semenov, jeune chercheur associé M.I.Ugrin, photographe L. L. Greb, caméraman O. G. Maksimov, candidat des sciences historiques. V.Gogolev, jeune chercheur. A. Ivanov, académicien AP Okladnikov, Professeur IV Makovetsky, E.A. Ashchepkov, candidat à l'architecture SN Balandin, architecte Nikolay Jourine

La deuxième expédition a eu lieu l’année d’après avec une équipe entièrement composée d’archéologues avec A.P. Derevyanko à leur tête. Ils vont donc, aidés d’un hélicoptère, procéder au démontage de l’église. Les rondins et l’ensemble des ouvrages en bois ont été transportés sur une barge descendant la rivière Indiguirka, tandis que le haut du clocher s’est envolé avec l’hélicoptère ! Et voilà comment le Saint Sauveur enfin sauvé s’est retrouvé dans le musée en plein air de Novossibirsk. Depuis, les archéologues ont pu, au fil des archives, remonter à sa conception, pour finalement l’attribuer au philistin Andrey Khabarov.

Il n’y a pas que cette merveille dans ce musée. Bien qu’elle en soit naturellement la perle rare. On y trouve aussi une tour cosaque Yuil'skiy (ou Kazymskiy), partie d’une forteresse qu’on appelait “ostrog”. Elle a été importée de la haute région de l’Ob, une région frontalière dont la surveillance était assurée par les Cosaques. On y trouve aussi un grand nombre des stèles en pierre et des statues de diverses époques, du Paléolithique au Moyen Âge. Les souriantes « baba » des Huns, et quelques pierres plus anciennes gravées par des hommes de la préhistoire. Une yourte aussi où sont exposés des objets en bois trouvés lors des fouilles sur le plateau d’Oukok, où a été trouvée l’étonnante princesse des glaces aux membres couverts de tatouages raffinés.

On y trouve aussi un grand nombre de pierres dressées et sculptées. Les souriantes « baba » des Huns, et quelques pierres plus anciennes gravées par des hommes de la préhistoire. Une yourte aussi où sont exposés des objets en bois trouvés lors des fouilles sur le plateau d’Oukok, où a été trouvée l’étonnante princesse des glaces aux membres couverts de tatouages raffinés.

Un bien beau musée donc et, à mon avis, pas assez souvent ouvert au public. En tout cas, en ce jour de fête de la chandeleur, les portes étaient grandes ouvertes et le site envahi d’un monde familial très sympathique. Des toboggans de glace avaient été faits pour les enfants, un château de glace, un mas dressé pour que les plus habiles aillent détacher un cadeau à leur faîte. Un tour en troïka était aussi proposé gratuitement à qui daignait bien faire la queue. D’ailleurs j’ai le témoin d’un petit drame à ce propos. Tout petit mais quand même impressionnant. J’avais remarqué que la troïka avait tendance, après le virage derrière l’église, de glisser un peu brutalement dans un dénivelé du chemin. Je m’étais donc posté là, non pour saisir un accident mais pour avoir un joli point de vue dans le sens de la lumière. En outre j’avais opté pour les prises de vue en rafale afin de choisir le meilleur cliché dans l’action. C’est alors que le drame s’est produit. Tout à coup le traîneau s’est penché, penché, et presque couché sur le côté. Un premier homme est tombé, puis un deuxième, puis une femme dont malheureusement la jambe s’est coincée dans les jambes de quelqu’un d’autre. On voit une spectatrice, venue elle-aussi faire quelques clichés, courir affolée derrière le traîneau déversant ses passagers. Elle a eu aussi peur que les victimes. Seule la femme à la jambe coincée a semblé avoir souffert de l’accident. Elle s’en tirera avec un bon bleu. Quant au cocher, il a ralenti la cadence de ses fougueux destriers pour les tours suivants. Je comprends son plaisir à donner du mors à ses fougueux chevaux absolument magnifiques.

Voilà pour ce sympathique dimanche après-midi. Un groupe folklorique local l’animait de jeux, de rondes folkloriques et de chansons et, dans le local du musée, on proposait de déguster des crêpes, avec du miel, de la confiture de canneberge et du thé ou du morse, sorte de nectar de baies (canneberges, airelles…). Un évènement typiquement russe dans un lieu célébrant la mémoire des peuples de Sibérie, les russes et les natifs de la région. Je termine cette page de blog par une photo de ma fille et sa maman, car évidemment elles étaient avec nous. Comme les adultes, les enfants ont adoré cette célébration !

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14 avril 2018 : Réunion de travail avec nos partenaires - la création de notre catalogue

Nous attendions avec tant d’impatience ce moment si important pour le développement de notre activité touristique que ce fut avec émotion que nous sommes arrivés dans la station de Belokourikha. Nous avons déjà beaucoup parlé, et dans de nombreux blogs, de Belokourikha, ce qu’on pourrait appeler « la » station touristique de l’Altaï, en tout cas du Kraï de l’Altaï. Il suffira de regarder les sommaires de nos blogs pour la découvrir aussi bien en été qu’en hiver.

La journée de travail que nous avons programmée pour ce 14 avril est la suite logique de notre visite au salon du tourisme de Lyon ainsi que de nos rencontres à Paris. Elle devait mettre les partenariats engagés avant le départ pour la France à l’épreuve de nos objectifs : la réalisation de notre catalogue de voyages pour 2018/2019. Suite au travail efficace de phoning mené par Andreï, nos partenaires ont globalement répondu à notre invitation. Nous avons aussi failli réunir toute l’équipe de francaisensiberie.com, sauf qu’une maladie a retenu Alecia à Novossibirsk et que l’absence d’avions réguliers venant de Moscou pendant le week-end n’a pas permis à Alexeï Jarkov d’être parmi nous. Le coeur y était pourtant, de son côté comme du nôtre ! On a donc pu remarquer à nos dépens que les compagnies aériennes ne facilitent pas la venue des Moscovites en Altaï le week-end…

En tout cas toutes les agences touristiques invitées étaient là. Quant aux sites réceptifs et à leurs représentants, le oui jeté au départ a été contrarié par différents facteurs, et en premier lieu par la fonte des neiges et leurs inondations qui coupent bon nombre de routes descendant des montagnes d’Altaï. Ce ne sera pas trop difficile de les recontacter, les sujets à aborder n’étant pas aussi complexes que le montage des itinéraires que nous avions à mener avec les agences de voyages. C’est pourquoi nous avons apprécié qu’aucune d’entre elles ne nous ait fait faux bond, et même que de nouveaux partenaires soient venus se présenter et réfléchir avec nous avec beaucoup de pertinence.

Pourquoi avoir décidé cette rencontre à Belokourikha ? Parce, d’abord, la station se trouve à proximité de la majorité de nos partenaires. Mais surtout parce que le domaine de l’hôtel SPA « Rossya » a bien voulu nous inviter à mener cette rencontre dans ses murs, et particulièrement dans son hôtel bussiness. Une salle de réunion très bien équipée, le déjeuner et le dîner pour tous les participants, et deux nuitées pour Andreï et moi nous ont été gracieusement proposés. Un engagement qu’il nous faut vivement remercier. Nous référons à notre blog pour qui souhaiterait découvrir le magnifique domaine créé par Fédor Elfimov et sa femme qui nous avaient si gentiment reçus cet hiver.

L'hôtel Business Rossya
La façade de l'hôtel business Rossya à Belokourikha

La matinée de cette rencontre a consisté à la présentation des personnes présentes, des objectifs et des modalités de cette journée, et à faire un bilan des contacts pris en France au mois de mars dernier. Il était aussi question de rendre compte des demandes et des remarques qui nous avaient été faites par les agences françaises, des idées qui ont surgi des discussions avec les représentants d’agences françaises mais aussi avec certains acteurs particuliers du tourisme : des voyageurs blogueurs, des auteurs… Ce qu’illustre cette photographie prises alors que j’étais en train de parler d’un projet de trek géant en camping-car !

Après un déjeuner pris dans le grand self de l’hôtel spa, nous sommes revenus dans notre salle de réunion pour des ateliers de 30 minutes avec chacun de nos partenaires. Nous avons pu pendant tout l’après-midi discuter des propositions d’itinéraires qui nous étaient faites, faire parfois des choix ou affiner des détails, discuter des prix et même inventer un nouveau concept à partir de ce que nous présentait notre partenaire et ce dont il nous avait parlé auparavant.

Un formidable travail mené avec rigueur et en même temps avec bonne humeur, - Andreï et moi d’un côté, et, de l'autre, chacun de nos partenaires à tour de rôle. Au terme de la réunion, nous pouvons déjà donner une liste des itinéraires que nous allons présenter :

Il semble que tous nos invités aient apprécié le duo que nous formons avec Andreï. Six ans de collaboration et d'amitié, cela se voit ! La présence de tous ceux qui sont venus à Belokourikha est le fruit de son travail acharné et c’était un vrai plaisir d’associer nos compétences pour réussir les objectifs fixés pour cette journée, et même, disons-le, pour les dépasser. Car il s’est vraiment produit quelque chose qu’il est difficile à définir, mais dont on voyait le résultat sur les visages à la fin de la journée. Un plaisir à être ensemble de ces professionnels venus de Biisk, Gorno Altaïsk, Barnaoul ou de villages en Altaï, qui ont réussi à échanger entre eux des idées, des projets, tout cela autour du projet de francaisensiberie, tout le monde comprenant qu’il y a plus à gagner à travailler en réseau plutôt qu’à s’enfermer chacun de son côté.

Elena Krassoulina, agence Piatnitsa
Victor et Tatiana Chalimovy, village de Bechpeltir
Vladimir et Mariana, Altaidive
Nina Petrovna et Natalia Romanova, Mir Poutichestvy
Irina et Alexeï Savtchenko, Alaktu
Alona Borobieva, Altaï Mix

La prochaine étape sera donc la publication de notre catalogue pour le début du mois de mai. Nous donnons donc rendez-vous à nos lecteurs, qu’ils soient professionnels ou simplement amateurs de voyages, pour découvrir les fruits de cette journée d’échange et de rencontres. Il y aura des choix variés, de grandes nouveautés par rapport à ce qui est présenté actuellement sur le marché. Je termine aussi pour dire que cette rencontre a aussi été pour moi l’occasion de faire un petit cours d’interculturalité à ces professionnels russes du tourisme. J’ai été écouté avec une grande attention, beaucoup d’intérêt et parfois d’amusement. Tous ont très bien compris qu’il vaut mieux connaître son client pour le recevoir le mieux possible. Et les Russes adorent qu’on leur raconte le mode de vie des Français, à commencer par leur repas traditionnel qui, ne l’oublions pas, fait partie du patrimoine mondial de l’Unesco !

Une photographie réalisée à la fin de l'après-midi, juste avant de partir pour le repas du soir

Après une deuxième nuit dans une chambre très bien équipée et très agréable de l’hôtel business, nous sommes remontés à Barnaoul avec Alona de l’agence Altaï Mix qui a accepté de nous accompagner à l’aller comme au retour dans sa magnifique Mercedes break de vingt ans d’âge et ses sièges en cuir ! Un voyage qui nous a permis d’apprendre l’appartenance d’Alona au peuple des Koumandines. Il était évident que nous allions ensemble développer un itinéraire à la rencontre de ce peuple natif d’Altaï pour lequel j’avais déjà écrit un blog, et même un roman qui hélas, n’a pas encore trouvé d’éditeur. Mais qui sait, cela viendra peut-être un jour ! Une dernière photo avec Andreï et Alona avant notre départ pour Barnaoul.

Merci à elle, merci à tous d’être venus et un immense merci à l’ensemble Rossya de nous avoir accueillis, ainsi qu’à Alexandre Gritsenko, Chef du département du développement, pour nous avoir accompagné et veillé à ce que tout se passe bien du matin jusqu’au soir de cette journée qui marquera une étape clé du projet de francaisensiberie !

Et une photo tirée du portfolio d'un séjour pour refermer cette page....

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