Christian Garcin et Tanguy Viel sont en train de faire un tour du monde sans avion. Partis par l'ouest en paquebot, puis en train, bus, d'Amérique en Chine de Chine en... Sibérie bien sûr où nous les avons rencontrés lors de leur passage à Novossibirsk.

Christian Garcin a beaucoup écrit sur la Sibérie, La Piste mongole, 2009 ; Les Nuits de Vladivostok, 2013 ; Du Baïkal au Gobi, 2008 ; Ienisseï, 2014 ; Le Lausanne-Moscou-Pékin, 2015 ; Les papillons de la Léna - tous ces livres traitent de la Sibérie. Nous avons donc demandé à l'écrivain de nous parler des raisons qui l'ont amené à se rendre en Sibérie pour s'en inspirer. Voici sa réponse :

Pour mieux connaître la Sibérie, la voir autrement que comme une surface de neige parsemée de camps de prisonniers... Quelques articles, films et livres de référence pour sortir de la grisaille présumée de l'hiver sibérien et découvrir que la région a aussi des couleurs et un été. Un été même assez chaud dans les zones sud occidentales ! Quelques élements donc pour commencer à se faire une culture moderne de la Sibérie.

Yvan Pommaux nous adresse une dédicace à la bibliothèque régionale de Novossibirsk !

Signature-dédicace d'un auteur-dessinateur français

La bibliothèque régionale NGONB de Novossibirsk a proposé une rencontre dédicace avec l’écrivain et dessinateur français, Yvan Pommaux, le jeudi 30 novembre à 12 heures .

Beaucoup de petites têtes blondes venues écouter l’auteur français qui a parlé de son métier et de ses livres avec une traduction d’Irina Yatsinevitch, la directrice de l’Alliance Française de Novossibirsk. Ensuite Yvan Pommaux s’est installé devant une grande feuille blanche posée sur le sol et a commencé un dessin en guise de dédicace à la bibliothèque qui l’accueillait.

Yvan Pommaux est diplômé de l'Ecole Supérieure des Beaux-Arts de Clermont-Ferrand. Il a travaillé comme designer. Depuis 1972, il collabore avec des maisons d'édition pour enfants, où il écrit et illustre des livres à thèmes historiques. En 2014 sort en France le livre «Nous et notre histoire», qui a reçu le prix Sorcières, prix de littérature jeunesse. Ce livre a été traduit en russe.

Certains le connaîtront pour les séries de bandes dessinées qu'il a composées, notamment Angelot du Lac, Marion Duval, sans omettre les albums de John Chatterton mêlant détectives et contes pour enfants.

Au début des années 2000, Pommaux a commencé à travailler sur la série mythologique qu'il est venu présenter dans sa version traduite en russe. Le résultat a été un grand livre d'images avec un récit moderne des poèmes d'Homère et d'autres œuvres célèbres de l'épopée grecque antique.

Avec lui, il apportera les deux premiers livres de la nouvelle série de la maison d'édition SAMOKAT, traduits en russe - "Troie" et "L’Odyssée", accompagnés d'un commentaire et illustrés de manière saisissante.

Notre rencontre avec Yvan Pommaux a été furtive, les avions n'attendant généralement pas, mais il a bien voulu nous croquer cette sympathique dédicace que je me suis permis de superposer à une photographie d'Altaï prise à l'occasion de la résidence pour les "Carnets de Sibérie". Une oeuvre commune, donc, de Français en Sibérie !

Septembre 2016, on découvre l'Altaï, un reportage de Valentine Grosjean et Cristal Roussel.

Ce reportage a été réalisé par deux enseignantes invitées à Barnaoul pour donner quelques cours de Français à l'institut pédagogique.

Mais les deux voyageuses profiteront d'une surcroit de séjour pour visiter la région, avec Valentine Grosjean comme guide. Pas de surprise : pendant les sept ans qu'a duré la coopération entre la région d'Altaï et la Franche-comté, Valentine a été de presque toutes les délégations ! De quoi avoir gardé un bon carnet d'adresses d'amis altaïens ! Elle nous fait profiter de leur séjour....



Les Carnets de Sibérie, un livre de Philippe B. Tristan

"Les Carnets de Sibérie, région du kraï de l'Altaï" ont été écrits suite à une résidence de deux mois de Philippe B. Tristan en Altaï.

Le principe en a été une narration de l'ensemble de son voyage, sous un point de vue alternant regard personnel et descriptif précis et documenté des lieux visités.

Il aborde ainsi, avec une légèreté apparente, des pans de l'histoire de la région qui, dès la préhistoire, a eu un rayonnement dans le monde entier. Mais c'est aussi sur les hommes et les femmes rencontrés qu'il pose un regard attentif et chaleureux, sur leur caractère, leur culture et leurs traditions. C'est ce regard qui s'exprime de façon évidente dans les photographies qu'il a ramenées de son voyage.



Dans les forêts de Sibérie, un livre de Sylvain Tesson.

On a ici le best-seller de la série, un livre aux incontestables bienfaits sur l’attractivité des terres sibériennes. Seulement, on est ici dans un lieu déjà inscrit dans le tourisme de masse étant donné qu’avec Moscou, Saint-Pétersbourg et le transsibérien, le lac Baïkal est en tête des destinations les plus fréquentées par les touristes étrangers en Russie. Il n’empêche : l’idée qui a prévalu ce livre est excellente, tant dans le choix d’une maison de chasseur pour y faire une résidence d’hiver au bord du lac, que dans celui de faire de ce séjour une sorte d’hommage à la vie d’ermite, pourvoyant la Russie d’un second Ermitage...

Le film adapté du livre n’a pas pu conserver à la solitude célébrée dans l’essai toute sa dimension. Un film sans rencontre n’étant pas un film, on a donc inventé pour le 5ème art un nouveau personnage qui, finalement, complète bien le tableau pour celui qui a déjà lu le livre. Deux œuvres donc, et celle de Sylvain Tesson dans son ensemble, pour parler de la Russie et de la Sibérie autrement, comme une véritable terre d’aventure où l’espace prend une ampleur qu’il peut difficilement trouver dans notre Europe surpeuplée. La mutation des éléments, la majesté des lieux en opposition avec la fragilité et l’exiguïté d’une cabane en bois, Sylvain Tesson sait faire phrase de tous les paradoxes de la situation qu’il a créée. Une situation mise en scène et assumée coûte que coûte par un Français bien décidé à vivre autrement, à expérimenter son corps et son esprit dans des espaces d’initiation et d’ouverture, une façon visionnaire de parvenir à une conception du monde affranchie et lucide.


En Sibérie, un livre de Colin Thubron

On serait tenté de dire qu’En Sibérie est le premier livre sur la Sibérie moderne. Colin Thubron serait le premier écrivain occidental à avoir bénéficié d’un visa longue durée qui lui a permis de sillonner la Sibérie dans tous les sens en 1999. A partir de là, une remarquable connaissance du pays lui a permis de construire un nouveau visage de la Sibérie, quoi que encore marqué de quelques fantasmes post U.R.S.S.

Thubron visite la Sibérie l’hiver. Ce qui fait qu’il passe (volontairement ?) à côté des miracles estivaux de certaines régions. Mais sa curiosité, notamment pour les trésors archéologiques d’Altaï, est absolument passionnante. Comme le fera après lui Sylvain Tesson, c’est donc encore la Sibérie de la rigueur et du froid qui le passionne, comme s’il fallait répondre à une attente convenue par le public marqué encore par Soljenitsyne et Pasternak. Il visite ainsi quelques Goulags, initiant un tourisme mémoriel d’un nouveau genre.

Il n’empêche. Sa visite des Kourgan de Pazyryk, la révélation qu’il fait de l’existence de cette fascinante « princesse des glaces », nous met déjà sur les traces de fabuleuses aventures pour le futur.



Où Traïne encore le cri des loups, un livre de Marc-Henri Picard

C'est en Sibérie que j'ai appris l'existence de ce livre français. Par un peintre russe vivant dans le midi et qui aurait rencontré le jeune écrivain, Marc-Henri Picard. Le livre avait fait l’objet d’un article dans le Figaro, ce qui n’a pas empêché son éditeur de faire faillite. Le courage n’est pas toujours récompensé…

L’œuvre éditions n’est donc plus, ne cherchez donc pas le livre chez les libraires. Il se trouve cependant encore en occasion sur la toile. Nous devons ce livre de 2009 à un jeune Breton qui est peut-être le seul écrivain plus tête brûlée que Tesson ! Son expédition ne porte pas de date, ni de durée, mais elle a duré au moins six mois vu le passage des saisons. Six mois seul à vouloir aller de Vladivostok à Moscou à pieds… Défiant le cri des loups, le flair des ours, les bars malfamés des bleds les plus reculés de Sibérie et même la police de surveillance en se permettant de franchir des ponts interdits aux piétons… Ça lui a valu quelques grosses frayeurs et quelques bonnes raclées qui auraient très bien pu le laisser mort au bord de la voie. Car l’Inconscient a frôlé la mort à plusieurs occasions…

Son écriture est très elliptique. On sent quelques prises de notes faites en route lorsque la fatigue le permettait, et certainement quelques réécritures au retour d’après photo. D’ailleurs d’aucunes sont très impressionnantes, d’un noir-et-blanc assombri probablement par la peur et quelques fois par le découragement.

On pourrait se demander qu’est-ce que Marc-Henri est allé faire en Sibérie ? Se mettre à l’épreuve dans ce qui est incontestablement un roman initiatique ? Une quête mystique ? Ou peut-être le formidable défi de devenir un écrivain ? En tout cas cette incroyable auto-biographie d’une traversée qui finira au pied de l’Oural se lit avec un plaisir respectueux pour une sorte de Rimbaud moderne qui a voulu, sans s’attacher et au risque de sa vie, écouter le chant livide et quelquefois sublime des sirènes sibériennes…



L'Obier Rouge, de Vassili Choukchine, et Les baies sauvages de Sibérie d'Evgueni Evtouchenko

Choukchine est un inconnu en France. Seuls quelques spécialistes russophones ont déjà entendu parler de cet écrivain, acteur, réalisateur pourtant extrêmement connu des Russes, - en tout cas de ceux qui ont un peu vécu pendant la période soviétique.

Evtouchenko a pu être davantage connu en occident pour avoir terminé professeur en Oklahoma, de 1991 à 2017. Ceci dit, on dirait que sa mort est passée très inaperçue en France. Les deux hommes, nés à quelques années d’écart ont eu en commun d’être aussi acteurs et cinéastes, mais l’un restera nouvelliste et scénario, tandis que le second aura surtout été connu comme poète. Le ton critique d’Evtouchenko, ses libertés de position lui ont valu quelques réprobations, mais globalement il a profité cependant d’une notoriété constante. Son livre « Les baies sauvages de Sibérie » est son roman fleuve, seul roman de son œuvre, et a été considéré comme très dérangeant à l’époque.

Quant à Choukchine, il a été une sorte de néo-réaliste russe. Né en Altaï dans le petit village de Srostki, à quelques kilomètres de Biisk, il a toujours gardé de l’attachement pour son village natal et ses habitants qu’il a filmés avec un naturel remarquable. Sa suite de nouvelles « L’obier Rouge », dont le titre est probablement inspiré par la chanson connue dans le monde entier « Kalina kakalina kakalina krasnaïa ! » - eh oui, l’Obier Rouge c’est en Russe « Kalina Krasnaïa », ces fruits en grappes rouges luisant sous le soleil de la fin de l’été…

Si nous avons eu envie de parler de Choukchine et d’Evtouchenko c’est qu’ils ont su parler avec une égale sensualité de l’été Sibérien. S’il y a toujours chez Choukchine la menace venant de la ville et finissant par arracher aux ruraux cette sorte de liberté désinvolte qu’ils croquaient l’été à pleines dents, cette tendance est savourée avec moins de mauvaise conscience chez Evtouchenko. Ils ont su exprimer une Sibérie joyeuse sous le soleil, même si laborieuse (il semble que le farniente n’ait jamais existé par ici…). Une Sibérie où les jeunes femmes savent s’abandonner dans un air du soir aux parfums inoubliables… Bref, une Sibérie qui enfin s’autorisait à vivre.


Panier de souvenirs de la steppe, un film de Philippe B. Tristan

Un film monté à partir d’un panier de photographies, de chansons filmées, de bouts de films enregistrés lors d'une résidence dans la steppe sibérienne (cf. Les Carnets de Sibérie). Un voyage qui s’est donné pour but non pas une Jetée (cf le film photographique de Chris Marker) mais un lac salé.

C'est une lettre en images, où l'appareil photographique a été la moitié du stylo.

C'est une magnifique lettre d'Amour, une plongée dans un espace où un couple s’invente, où le cinéma est très présent, malgré que le film ne soit pas du cinéma, mais de l'écriture en sons et en images.